Il y a quelques mois, nous avons appris que Laval serait l’hôtesse des Jeux du Québec à l’été 2020. C’est une excellente nouvelle et également l’occasion de rappeler que Laval a accueilli les tout premiers Jeux du Québec, en 1971!
Ce sont des circonstances tout à fait extraordinaires qui amènent les Jeux du Québec à Laval. Fin 1970, le gouvernement du Québec annonce en effet l’annulation de l’évènement. En janvier, coup de théâtre : le maire Jacques Tétreault annonce à son tour que Laval se propose d’accueillir les Jeux malgré tout. La ville se targue alors d’être devenue la « capitale du sport amateur »[1]. Les préparations se font dans une certaine urgence, puisque l’évènement doit avoir lieu un mois plus tard seulement. Mais l’ingénieur en chef des Jeux, Arthur Lessard, est partout. En tant que directeur de la Récréation de Ville de Laval, l’ancien hockeyeur refuse d’organiser un évènement de fortune, et il y met toute son énergie.
Une instrumentalisation politique?
L’étonnante décision, qui semble unilatérale à première vue, provoque les interrogations de plusieurs journalistes. Bien que Tétreault ait spécifié, lors d’une conférence de presse, qu’il « s’agit d’une initiative totalement apolitique »[2], tout le monde n’est pas dupe. Dans La Presse, Claude Gendron rappelle par exemple que Tétreault, en tant que soutien de l’Union Nationale, a tout à fait intérêt à prendre les décisions du gouvernement libéral à rebours. À l’époque, des rumeurs font d’ailleurs état de son intention de faire le saut au provincial[3]. La présence de Jean-Noël Lavoie (ancien maire et député libéral) lors d’un évènement de financement permet toutefois de modérer quelques doutes[4], sans totalement les dissiper.
Financement
Évidemment, la nature de la politique municipale ramène la question des dépenses à l’avant-plan. Le sujet fait littéralement couler plus d’encre que les évènements sportifs eux-mêmes.
le gouvernement provincial, assez réfractaire, a exigé que les Jeux d’Hiver du Québec de Laval soient autofinancés. On fait donc appel à de nombreux commanditaires pour couvrir les frais.CAL, Fonds Jean-Claude Gagné
En 1971, les règles qui entourent les publicités des compagnies de tabac n’ont pas l’importance qu’on leur accorde aujourd’hui. Aussi, personne ne s’objecte du fait que Benson & Hedges dépense 18 000$[5] en publicité pendant les Jeux d’hiver. Il en va de même pour l’alcool : la Brasserie Dow offre gracieusement des trophées de trois pieds aux régions qui auront accumulé le plus de médailles et de points[6]. L’organisation des Jeux a cruellement besoin de ce genre d’investissements. Mais ce n’est rien en comparaison du montant qu’on cherche à obtenir lors d’un dîner de donateurs, le 7 février. On y attend 1 000 convives et on prévoit faire un bénéfice net de 75 000$. Plusieurs vedettes du sport sont mises à contribution, dont le célèbre Émile « Butch » Bouchard et la skieuse Nancy Greene-Raine[7]. Le gouvernement fédéral profite également de l’évènement pour remettre une enveloppe de 10 000$ à l’organisation des Jeux.
Un succès
Environ 4 500 athlètes[8] participent aux compétitions, et les spectateurs sont également assez nombreux à y assister[9]. Dans Le Courrier Laval, on parle d’une « participation record ». Évidemment, le « record » n’est pas difficile à établir, puisqu’il s’agit de la première édition des Jeux. La participation des athlètes est de plus gonflée par la grande diversité des disciplines. En plus des épreuves en montagne, qui ont lieu au Mont-Avila dans les Laurentides, et des épreuves extérieures, plusieurs sports de piscine (hockey sous-marin et natation – ces compétitions ont lieu à Mont-de-La Salle) et intérieurs (gymnastique, tennis sur table, boxe, etc.) sont représentés[10]. Notons également la présence de disciplines aujourd’hui quasiment disparues, comme le « saut de barils ».
Le portrait qu’on trace de ces Jeux est au définitif si positif qu’un chroniqueur du Journal de Montréal suggère de les renommer les « Jeux Lessard », afin d’honorer leur principal instigateur[11]. Des commentateurs proposent également de renouveler l’expérience et de tenir les prochains Jeux du Québec à Laval. Jacques Tétreault n’en est pas certain : il mentionne l’importance pour l’évènement d’obtenir une subvention provinciale[12]. On ignore encore si le commentaire était « apolitique » ou non. Dans tous les cas, Laval n’organisera de nouveaux Jeux du Québec (d’été) qu’en 1991.
Images : CAL, Fonds Jean-Claude Gagné.
[1] « Laval recevra les Jeux d’Hiver du Québec ». La Presse, 5 janvier 1971, p. B3.
[2] Jean-Marc Provost. « Ne pas faire de la politique sur le dos des jeunes du Québec ». Le Courrier de Laval, 10 février 1971, p. 2.
[3] Claude Gendron. « La politique : un sport à l’honneur aux « Jeux d’hiver du Québec » à Laval ». La Presse, 5 février 1971, p. A5.
[4] « Lavoie, Kierans et Dupuis se joignent à Tétreault pour les Jeux d’hiver du Québec à Laval. » Le Courrier Laval, 10 février 1971, p. 1.
[5] « Les Jeux d’hiver du Québec ne coûtent rien à Laval. » Le Courrier Laval, 27 janvier 1971, p. 2.
[6] « Les Jeux d’hiver du Québec encore pour Laval l’an prochain? » Le Courrier Laval, 24 février 1971, p. 1.
[7] Lavoie, Kierans et Dupuis se joignent à Tétreault pour les Jeux d’hiver du Québec à Laval ». Le Courrier Laval, 10 février 1971, p. 1.
[8] « Les Jeux de Laval ont été finalement ceux du Québec. » La Presse, 10 mars 1971, p. C4.
[9] « Les Jeux entrent dans leur phase finale; participation record enregistrée. » Le Courrier Laval, 3 mars 1971, p. 2.
[10] « Programmation des Jeux ». Le Courrier Laval, 3 mars 1971, p. 1.
[11] « Les Jeux Lessard, eh bien pourquoi pas? » Le Courrier Laval, 3 mars 1971, p. 1.
[12] « Les Jeux d’hiver du Québec encore pour Laval l’an prochain? » Le Courrier Laval, 24 février 1971, p. 1.
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