La résidence située au 3753 boulevard Saint-Elzéar, dans le quartier Chomedey à Laval, fait partie de l’inventaire des immeubles ayant une valeur patrimoniale de la ville de Laval. Le contrat de construction que nous avons pu retracer situe la construction du corps principal de la maison en 1836. Ce contrat, un document important et peu usité pour cette époque, nous permet non seulement de dater la maison, mais de connaître les contractants et le rôle de chacun, les coûts de la construction, plusieurs éléments d’architecture et les méthodes de construction. De surcroit, le contrat mentionne que la maison a été construite sur les fondations d’une maison beaucoup plus ancienne, qui remonte au moins à 1771, soit au moment de la colonisation de la paroisse de Saint-Martin et de la côte Saint-Elzéar, connue aujourd’hui sous le nom de boulevard Saint-Elzéar.

Maison en 2009 (Google Street View) / Maison en 2026
En outre, l’histoire de son premier propriétaire, Laurent Verdon, mérite d’être soulignée. Lors des événements ayant mené à la rébellion des Patriotes de 1837-1838, il est nommé, le 11 juin 1837, représentant des Patriotes pour la paroisse de Saint-Martin, avec André-Benjamin Papineau, le capitaine Descotes et Jean-Baptiste-Henri Brien. L’année suivante, ce dernier est arrêté et incarcéré. Pour éviter la pendaison, il incrimine Laurent Verdon et André-Benjamin Papineau. Il déclare "que tout était prêt dans le comté de Terrebonne, que Papineau avec Laurent Verdon étaient occupés à tout organiser". Selon ses dires, "Verdon est un ennemi déclaré furieux du gouvernement anglais et fait des préparatifs depuis quelques temps". Dans les jours qui ont précédé l’assaut de l’armée anglaise contre les Patriotes de St-Eustache, Saint-Martin est choisie par l’armée comme site de campement et de regroupement avant l’assaut final. Le convoi s’installe tout près de la résidence de Laurent Verdon et réquisitionne ses chevaux, du foin et du bois pour se chauffer. L’armée le menace de détruire sa maison s’il n’obtempérait pas. Il n’a donc pas eu le choix d’obéir pour éviter la destruction de sa maison nouvellement construite.
Le deuxième propriétaire, Laurent Verdon fils a joué un rôle important à Saint-Martin, puisqu’il sera successivement sous-voyer des chemins et ponts, commissaire et syndic d'écoles, syndic de cours d’eau, inspecteur de chemins et ponts, évaluateur, conseiller municipal, premier marguillier de la paroisse et commissaire d’école. Il a de plus joué un rôle important dans la construction de l’église actuelle de Saint-Martin en hypothéquant sa terre pour en financer la construction.
Près de 200 ans plus tard, la maison est de nouveau menacée de destruction, cette fois par négligence et manque d’entretien. L’eau s’infiltre à l’intérieur par les vitres et un puit de lumière brisés et les squatters représentent une menace sérieuse d’incendie pour la maison et le voisinage. Un site d’exploitation urbaine sur Facebook représente même un encouragement pour les explorateurs urbains (https://www.facebook.com/profile/100064419350397/search?q=la%20maison%20de%20pierre).
La ville de Laval doit prendre toutes les mesures nécessaires pour en préserver l’intégrité à court terme et assurer sa pérennité à long terme, notamment en appliquant son règlement relatif à l’entretien des bâtiments (Règlement L-12950).
LA MAISON
Le contrat de construction de la maison, passé entre Laurent Verdon et Nicolas Bourgeois, maître maçon, devant un jeune notaire, André-Benjamin Papineau, est daté du 14 décembre 1835. Le contrat donne une foule de détails sur l’architecture et les méthodes de construction, de même que le montant versé à l’entrepreneur. Il se lit comme suit :
" Pardevant les notaires publics de la Province du Bas Canada résidant dans le district de Montréal soussignés furent présens le sieur Nicolas Bourgeois maitre maçon entrepreneur de la paroisse de St Martin d'une part;
Et le sieur Laurent Verdon cultivateur et propriétaire aussi de ladite paroisse de St Martin d'autre part
Lesquels ont fait le marcher et les conventions suivantes, c'est à savoir que le dit Nicolas Bourgeois s'est engagé et s'engage par ces présentes à faire au profit du dit Laurent Verdon sur sa terre située en la côte St Elzéard toute la maçonnerie d'une maison de pierre de trente pieds et demi ou trente et un pieds de front à l'option de l'entrepreneur sur vingt six ou vingt sept pieds de profondeur, et sept pieds et demi de hauteur à partir du dessus des lambourdes qui seront posées sur un ancien mur plus bas mentionné; lesquelles lambourdes seront nivelées par le dit entrepreneur; et depuis cette hauteur qui sera celle du plancher de haut, il y aura trois pieds d'exhaussement compris la sablière. A commencer l'ouvrage sur les fondations déjà faites au dit lieu de St Elzéard en autant que les dites fondations pourront servir eu égard aux mesures ci dessus énoncées. Les deux coins du mur de front seront préalablement (débarrassés) par le dit Laurent Verdon des malfaçons qui s'y trouvent. La place du nouveau mur sera aussi creusée aux frais du dit Laurent Verdon. La muraille devra avoir environ trente pouces d'épaisseur pour les pignons dans les fondations; pourquoi le dit entrepreneur sera tenu d'élargir à proportion le mur déjà fait par un contremur en dehors. Les pignons seront faits sous chevrons et à bouts fourchus. La tête des cheminées sera en pierre de suffisante grosseur sans mettre aucun platin pardessus le cordon aussi en pierre. Les jambages, les dessus de jambages et les collets des tuyeaux en pierre de taille; les foyers des deux cheminées en pierre piquée au marteau; toute laquelle pierre sera tirée de la carrière, préparée et taillée par le dit entrepreneur, mais sera achetée et charroyée par le dit Laurent Verdon sur les lieux de la bâtisse. Toute la chaux sera fournie par l'entrepreneur qui en transportera la moitié et le dit Laurent Verdon l'autre, à prendre au fourneau du dit entrepreneur situé à la côte St Antoine. Le sable sera fourni par le dit Laurent Verdon qui fera aussi le mortier. Mais le dit entrepreneur fera porter sur les échaffauds le dit mortier et toute la pierre nécessaire à ses frais; tous les matériaux seront fournis par le dit Laurent Verdon, qui sera tenu de préparer tout le bois qui doit entrer dans la maçonnerie à la demande de l'entrepreneur, qui aura droit de refuser celui qui sera mal taillé. Il y aura autant d'ouvertures et d'armoires foncées qu'il plaira au dit Laurent Verdon d'en mettre et aussi une armoire foncée dans la cave à la place de celle qui y est déjà. Est compris au présent marcher un four de grandeur ordinaire à faire derrière la cheminée du nord est et la porte dans la cheminée. La chaux pour le four et les enduits de la maison sera aussi fournie par l'entrepreneur; lesquels enduits tant en dedans qu'en dehors seront faits par le dit entrepreneur; le dit Laurent Verdon préparera les baguettes des tremaux pour recevoir les enduits à la demande de l'entrepreneur, ainsi que les appuis de chaises et les plaintes. L'entrepreneur ne commencera à employer de la chaux dans la muraille qu'à un demi pied au dessous de l'herbe et ainsi monter le reste; les parmens dans la cave seront à chaux. Le dit ouvrage livrable vers le commencement de septembre de l'an prochain à dire d'experts à peine etc.
Le présent marcher fait pour et moyennant le prix et somme de huit cent seize livres ancien cours, en accompte de laquelle somme le dit Laurent Verdon promet fournir celle de cent quatre vingt dix huit livres même cours en un cheval noir d'environ quinze ans et un boeuf aussi de couleur noire sans néanmoins aucune garantie de l'âge ni de l'un ni de l'autre; mais que le dit entrepreneur a visités et dont il est content et satisfait, le boeuf livrable immédiatement et le cheval pas au-delà du sixième jour de janvier prochain, le dit cheval estimé à l'amiable à cent huit livres ancien cours et le boeuf à quatre vingt dix livres. Le dit Laurent Verdon promet d'avancer la somme de soixante livres même cours pour aider le dit entrepreneur à faire la chaux. Et quant à la somme de cinq cent cinquante huit livres du prix restant le dit Laurent Verdon promet et s'oblige de les bailler et payer au fur et à mesure que le dit entrepreneur en aura besoin, en égard toujours à la proportion d'ouvrage qui sera fait.
Et en outre à la charge par le dit Laurent Verdon de nourir le dit entrepreneur et tous ses hommes en fournissant trois repas par jour point de lait.
Ce fut ainsi convenu etc. Et pour la sûreté du présent marcher le dit Nicolas Bourgeois et le dit Laurent Verdon ont hypothéqué tous leurs biens présens et futurs; et pour l'exécution ont élu leur domicile en leur demeure ordinaire etc. Promettant etc, obligeant etc renonçant etc. Fait et passé à St-Martin, étude, l'an mil huit cent trente cinq, le quatorzième jour du mois de décembre et ont déclaré ne savoir signer de ce enquis ont fait leur marque ordinaire. Lecture faite. Un mot rayé nul.
Nicolas + Bourgeois
Laurent + Verdon
Robitaille N.P. Papineau N.P"

L'INTÉRIEUR DE LA MAISON
La maison a donc été construite en 1836. À l’intérieur, on peut voir que les murs de pierre sont encore bien conservés et que la structure de la toiture est d’origine; elle montre plusieurs détails des méthodes de construction de cette époque.
À l’intérieur, à l’étage, on peut voir une inscription avec l’année 1837. Cependant, elle a été ajoutée par l’avant-dernier propriétaire qui avait daté la maison approximativement. La figure suivante illustre la maison telle qu’elle apparaissait vers 1990, après l’ajout d’une annexe de chaque côté.
Le contrat de construction mentionne également une information intéressante. La maison actuelle a été construite sur les fondations d’une maison en bois préexistante et la cave faisait partie de cette dernière. La chaîne des titres fait remonter les fondations et la cave à au moins 1771, soit au moment de la colonisation de la paroisse de Saint-Martin et de la côte Saint-Elzéar, connue aujourd’hui sous le nom du boulevard Saint-Elzéar.
En décembre 1837, lors de événements opposant les Patriotes à l’armée anglaise, cette dernière se prépare à attaquer le village de Saint-Eustache. En prévision de l’assaut final, l’armée installe son campement à St-Martin, tout près de la nouvelle résidence de Laurent Verdon. À cette occasion, sa maison a bien failli être détruite par les militaires anglais. Celui-ci était connu dans le village comme un fervent Patriote et l’armée a menacé de détruire sa maison s’il ne leur donnait pas chevaux, foin et bois. Il n’a donc pas eu le choix d’obéir pour éviter la destruction de sa maison nouvellement construite.
Au XXe siècle, les propriétaires ajoutent une annexe de chaque côté de la construction d’origine, mais le corps principal demeure pratiquement intact.

LES PREMIERS OCCUPANTS
Laurent Verdon père (1780-1854)
Le premier propriétaire de la maison actuelle est Laurent Verdon (1780-1854). Il est né à Saint-Laurent et y passe toute sa jeunesse. Le 31 juillet 1806, son père achète une terre de trois arpents et trois quarts de front par environ 30 arpents de profondeur, avec une maison et une grange en bois, qu'il lui destine. La terre, située sur la côte St-Elzéar, dans la paroisse de St-Martin de l'île Jésus, est acquise de François Ethier pour la somme de 4 000 livres ou schelins anciens. L'année suivante, le 12 juin 1807, Laurent Verdon acquiert ladite terre de son père, moins un arpent de large. La cession est faite pour quelques milliers de livres. C'est à cette époque qu'il déménage à St-Martin, pour cultiver sa terre. St-Martin est l'une des anciennes paroisses de l'île Jésus, avec St-François, Ste-Rose et St-Vincent-de-Paul. Elle a été fondée en 1774 et la première église, inaugurée en 1785, était située non loin de l'église actuelle.
La maison de bois construite sur la terre date d’au moins 1771 selon la chaîne des titres. L’épouse de Laurent Verdon, Marie-Claire Bélanger y donnera naissance à 12 enfants. Mais la maladie frappe cruellement, puisque seuls trois survivront, un garçon et deux filles; la plupart des enfants décèderont avant d'avoir atteint l'âge d'un an. Comble de malheur, Marie-Claire Bélanger décèdera à son tour des suites de son dernier accouchement. Les cinq premiers fils de Laurent Verdon porteront le même prénom que lui. Comme les quatre premiers décèdent l'un à la suite de l'autre, ce n'est finalement que le cinquième qui portera son nom. De même, les deux premières filles porteront le nom de leur mère.
En 1836, Laurent Verdon emménage dans sa nouvelle demeure qu’il vient de faire construire. Mais à cette époque, le climat politique se détériore et les Patriotes se mobilisent pour défier le gouvernement anglais. Saint-Martin, comme la plupart des autres paroisses, était divisée en deux clans. D’une part, les Loyaux, fidèles au gouvernement, dirigés par le notaire Paul-Joseph Filiatrault, et d’autre part, les Patriotes, dirigés par un jeune notaire, André-Benjamin Papineau, cousin du chef des Patriotes, Louis-Joseph Papineau. Laurent Verdon était ami et complice d’André-Benjamin Papineau et a participé activement à l'action patriote de St-Martin. Les Patriotes de St-Martin, bien que minoritaires, étaient cependant très actifs et très visibles, en raison surtout du caractère bouillant du jeune André-Benjamin Papineau. Laurent Verdon adhère aux idées du jeune notaire et commence à s'impliquer politiquement.
Le 11 juin 1837 a lieu à l’auberge Tassé de Ste-Rose une grande assemblée des Patriotes du comté de Terrebonne. À cette occasion, on approuve diverses résolutions et on nomme des représentants pour chacune des paroisses. Pour St-Martin, le capitaine Descotes, André-Benjamin Papineau, Laurent Verdon et Jean-Baptiste-Henri Brien sont nommés.
Mais c'est à St-Eustache que le mouvement patriote connaîtra son dénouement le mois suivant. Le comté de Deux-Montagnes était reconnu comme hostile au gouvernement et les Patriotes se préparaient à la lutte armée. Après les batailles de St-Denis, le 23 novembre, remportée par les Patriotes, et de St-Charles, le 25 novembre, cette fois gagnée par l'armée anglaise, le gouvernement anglais est déterminé à écraser la résistance patriote et St-Eustache est dans sa ligne de mire. Saint-Martin est choisie par l'armée anglaise comme site de campement et de regroupement avant l'assaut final sur St-Eustache. Lundi le 4 décembre, un premier convoi composé de deux compagnies du 32e régiment, avec deux canons, et une partie de la cavalerie royale part de Montréal en direction de St-Martin. Le convoi installe son campement tout près de la résidence de Laurent Verdon.
À cette occasion, l’armée a bien failli détruire la maison de ce dernier. Connu comme fervent patriote, l'armée lui réclama ses chevaux, faute de quoi ils bombarderaient la maison avec leurs canons. Laurent a d’abord refusé, mais devant la menace, il aurait cédé pour épargner sa nouvelle demeure. De plus, les autorités lui saisirent du foin pour nourrir les chevaux et du bois pour le chauffage.
L’année suivante, lors de l'insurrection ratée de 1838, plusieurs Patriotes furent arrêtés et emprisonnés. Plusieurs furent condamnés à être pendus et d'autres, exilés. Jean-Baptiste-Henri Brien, un des anciens représentants de Saint-Martin, fut du nombre des condamnés à mort. Pour éviter la pendaison, il se met à table et fournit aux Anglais des renseignements sur ses compagnons, qui mèneront à la pendaison de certains d’entre eux, notamment Chevalier De Lorimier. Sa déclaration incrimine André-Benjamin Papineau, mais aussi Laurent Verdon. Il mentionne que Papineau devait commander les rebelles du côté nord du fleuve. Il ajoute que, dans le comté de Terrebonne, " Papineau avec Laurent Verdon étaient occupés à tout organiser". Selon ses dires, "Verdon est un ennemi déclaré furieux du gouvernement anglais et fait des préparatifs depuis quelques temps".
Une dizaine d'années plus tard, en 1849, le gouvernement adopte une loi pour indemniser les personnes, incluant les Patriotes, ayant subi des pertes lors des rébellions de 1837-1838, une initiative qui mènera à l'incendie du parlement du Canada-Uni à Montréal. Une commission est alors nommée pour entendre les demandes d'indemnités. En avril 1850, Laurent Verdon est entendu par la commission. Il réclame 17 livres pour dommages à un cheval par les Loyaux et un peu plus de 6 livres pour du bois et du foin pour un total d’un peu plus de 23 livres.

En février 1851, Laurent Verdon fils épouse une jeune fille de St-Vincent-de-Paul, Pétronille Lauzon. Le 27 janvier, le futur marié et son père se rendent chez la future mariée, à St-Vincent-de-Paul, en compagnie du notaire Papineau, pour ratifier le contrat de mariage. À cette occasion, Laurent Verdon père donne à son fils sa terre sise à la côte St-Elzéar, avec la maison de pierres, la grange et les autres bâtiments, plus les agrès d'agriculture et plusieurs animaux. Le donateur continuera cependant d'y habiter et il se réserve la moitié de la maison, de la cave et du grenier; il se réserve en même temps "le droit de se servir des escaliers et des portes, de la cheminée, du four et du puits, la moitié de la grange, une place dans l'écurie et deux places dans l'étable". L'entretien des bâtiments sera toutefois la responsabilité du donataire. En outre, Laurent Verdon père garde le droit de pacager, sur la terre cédée, un cheval, deux vaches et deux cochons, en plus de se réserver un terrain d'un quart d'arpent pour jardiner, terrain qui sera clôturé à chaque année par le donataire.
De plus, le futur marié devra payer à son père "la juste moitié de tous les grains, denrées, foin et autres revenus quelconques à être récoltés sur ladite terre, les grains et denrées au minot, le foin au voyage, le tout servi en bon état et condition, et les travaux faits en saison par le donataire et les semences fournies en commun. Et en outre, le donataire sera obligé de fournir et livrer chaque année la quantité de quatre cent bottes de paille livrable à demande, de plus la quantité de quinze cordes de bois de cordes buché du printemps et livrable aux premiers trainages, un agneau chaque automne et dix livres de laine, de plus la quantité de douze douzaines d'oeufs du printemps à l'automne chaque année, le tout livrable en la demeure du donateur, soit à St Martin ou dans une autre paroisse, à l'exception du bois qui dans le cas de changement de demeure sera payable par la somme de vingt six piastres en argent payable dans le mois de décembre".
La veille de Noël de l'année 1854, Laurent Verdon père s'éteint à l'âge de 74 ans et 10 mois. Le 26 décembre, le service funèbre est célébré et le corps est inhumé en l'église de St-Martin. Celle-ci sera démolie en 1875 et remplacée par une autre, érigée derrière la première église.
Laurent Verdon fils (1819-1899)
Laurent Verdon fils et son épouse, Pétronille Lauzon, s’établiront dans la maison héritée de Laurent Verdon père jusqu’à leur décès. Pétronille Lauzon donnera naissance à 9 enfants, dont huit survivront jusqu’à l’âge adulte. Laurent Verdon fils jouera un rôle important dans la communauté, puisqu’il sera successivement sous-voyer des chemins et ponts, commissaire et syndic d'écoles, syndic de cours d’eau, inspecteur de chemins et ponts, évaluateur, conseiller municipal, premier marguillier de la paroisse et commissaire d’école.
En 1870, la vieille église doit être remplacée et on manque d’argent pour financer la construction de la nouvelle église de saint-Martin. Le 7 juillet 1870, Laurent Verdon et Félix Lavoie empruntent la somme de $8 000, au nom de La Fabrique de St-Martin, pour financer la construction. Les deux emprunteurs se sont alors portés caution de la Fabrique en hypothéquant leur terre.
En juillet 1881, le deuxième fils de Laurent Verdon, Pamphile, épouse une fille de la paroisse, Valérie Hotte. A l'occasion de ce mariage, Laurent cède à Pamphile sa terre de la côte St-Elzéar, ainsi que la maison de pierres qui s'y trouve et autres bâtiments, de même que la plupart de ses biens meubles. En plus de la terre et des bâtiments, il lui laisse les animaux, soit quatre chevaux de travail, deux vaches à lait, deux taureaux, quatre taures, deux veaux de l'année, trois vieux cochons et cinq jeunes, tous les instruments d'agriculture, voitures, harnais et autres effets servant à la culture. Le donateur se réserve cependant, pour lui et son épouse, la moitié de la maison, avec une place dans la remise pour y mettre le bois. Le donateur se réserve également "une place dans l'écurie pour les cheveaux de ses visites, enfants ou autres, droit de puiser de l'eau au puits, de cuir leur pain au four ordinaire, de vaquer à l'entour de la maison et d'aller et venir sur ladite terre pour leur besoin ou leur plaisir, droit à la moitié du grenier au-dessus de la dite maison et de la cave pour ce qu'ils auraient à y mettre, le jardin potager qu'ils ont pour habitude de cultiver, le tout leur vie durant".
Le 26 janvier 1899, Laurent Verdon décède à St-Martin, à l'âge de 79 ans. Il laisse dans le deuil son épouse, ses huit enfants et plusieurs petits-enfants. Le service est célébré deux jours plus tard, le 28. Le cortège funèbre part de la résidence familiale à 8 heures en direction de l’église. La neige abondante qui tombe cette journée-là cause certaines difficultés pour sortir la dépouille de la maison et le voyage jusqu'à l'église est sans doute long. Après le service, les quatre fils signent l'acte de sépulture à titre de témoins et le corps est par la suite inhumé dans le cimetière de la paroisse.
LES OCCUPANTS SUCCESSIFS
Pamphile Verdon était le troisième propriétaire de la maison et l’occupera toute sa vie, de sa naissance en 1854, jusqu’à son décès en décembre 1937. Il la cèdera à sa fille Noella et son gendre Aldéric Cousineau en 1922. La demeure sera ensuite vendue à quelques reprises jusqu’à maintenant.

CONCLUSION
Le corps principal de la maison située au 3753 boulevard St-Elzéar ouest relève d’un intérêt patrimonial indéniable. Construite en 1836, elle est presque bicentenaire et les documents écrits nous permettent de connaître les contractants pour sa construction, ainsi que le rôle de chacun, les coûts de la construction et de documenter plusieurs éléments d’architecture et les méthodes de construction. De surcroit, le contrat de construction mentionne que la maison a été construite sur les fondations d’une maison beaucoup plus ancienne, qui remonte au moins à 1771.
Près de 200 ans plus tard, la maison est menacée de destruction, pour cause de négligence et de manque d’entretien. L’eau s’infiltre à l’intérieur par les vitres et un puit de lumière brisés et les squatters représentent une menace sérieuse d’incendie pour la maison et le voisinage. La maison est visitée par les squatters depuis au moins avril 2025 (voir sur Facebook le site Visite interdite recherche La maison de Pierre).
https://www.facebook.com/profile/100064419350397/search?q=la%20maison%20de%20pierre
Au mois de mai dernier la ville de Laval a été avisée du danger de destruction par abandon, mais jusqu’à présent aucune mesure n’a été prise pour protéger le bâtiment. En juin 2023, elle avait pourtant adopté un règlement relatif à l’entretien des bâtiments (Règlement L-12950). Ce règlement vise justement à contrôler les situations de vétusté ou de délabrement pour les immeubles patrimoniaux situés sur son territoire. En vertu du règlement, dans le cas où le propriétaire du bâtiment omet d’effectuer des travaux de réfection de réparation ou d’entretien, la Ville peut être autorisée par la cour supérieure à les effectuer à sa place et à en lui réclamer les coûts. La ville de Laval doit donc prendre de façon urgente toutes les mesures nécessaires pour en préserver l’intégrité à court terme, avant qu’il ne soit trop tard, et assurer sa pérennité à long terme.
*** Dossier réalisé par des citoyens et des membres de la SHGIJ