Par Yvon Ouimet, chercheur indépendant - 23 septembre 2019
Je m’intéresse à l’histoire de Sainte-Rose depuis une quarantaine d’années. En 2008, je prends ma retraite et nous déménageons au 177 rue Lepage, en plein cœur du Vieux Sainte-Rose. Fort de mon expérience et les circonstances étant alors toutes réunies, j’entreprends dès lors des recherches pour raconter l’histoire du village Sainte-Rose depuis le début de la colonisation de son territoire vers 1729 jusqu’à aujourd’hui.
Ma méthode reste toujours la même : faire la chaîne de titres de toutes les terres et emplacements sur le territoire du village tout en prenant connaissance de tout ce qui a été écrit et photographié à Sainte-Rose, en gardant une attention particulière sur le village.
Puisqu’il faut bien débuter quelque part, je me suis tout d’abord intéressé au patrimoine bâti connu du village et mon regard est tombé assez rapidement sur l’Auberge Tassé (970 rue des Patriotes) et l’Hôtel Laval (147 boulevard Sainte-Rose - Coin nord-ouest, à l’intersection du boulevard Sainte-Rose et de la rue des Patriotes).
Lors de mes recherches préliminaires, j’en suis rapidement arrivé à une surprise de taille. Je découvre que, vers 1830, un certain Augustin Tassé est propriétaire de l’emplacement de l’Hôtel Laval. Je sais aussi qu’une maison en pierre occupe l’emplacement depuis 1800. Il semble donc évident qu’Augustin Tassé y exploite son auberge au moment de la rébellion des patriotes de 1837-1838, d’autant plus qu’à la même époque, entre 1824 et 1855, l’emplacement de la maison en pierre située au 970 rue des Patriotes semble appartenir à la famille Joly.
L’auberge Tassé aurait donc occupé, non pas l’actuel 970 rue des Patriotes, mais bien le 147 boulevard Sainte-Sainte-Rose, au coin nord-ouest de l’intersection du boulevard Sainte-Rose et de la rue des Patriotes.
L’hypothèse semblait au départ tellement farfelue! Les écrits historiques contemporains et la rumeur populaire généralisée ne peuvent pas se tromper à ce point, pensais-je.
Suite à ma demande, la SHGIJ m’informe qu’à sa connaissance, il n’existe aucun dossier historique prouvant que l’auberge Tassé était bel et bien située au 970 rue des Patriotes. Mon hypothèse est parue soudainement moins farfelue.
Vers 2010, les propriétaires de l’Hôtel Laval font démolir l’édifice et, sous les décombres, on retrouve un vieux mur en pierre encore debout sur le côté « ouest » de la maison, avec des vestiges en pierre çà et là, une cheminée, un bout de mur, etc. Quelle découverte intéressante ! Dans tous nos livres d’histoire et dans la rumeur publique, on avait jamais entendu parler de l’existence d’une maison en pierre à cet endroit. Ce vieux mur en pierre, dont l’histoire remonte à plus de 200 ans, fut un indice supplémentaire qui devait valider mon hypothèse.
Cet indice archéologique m’a aussi poussé à explorer davantage. Pour moi, ce fut une sorte d’évènement déclencheur. À partir de cette découverte, ma recherche a donc repris de plus belle.
À partir de ce moment, l’enquête avance assez rapidement : visite aux archives du Séminaire de Québec, recherche intensive à la Société d’Histoire et de Généalogie de l’île Jésus et aux Archives de Montréal. Des photos inédites et une lecture attentive du livre du curé Urgel Demers Histoire de Sainte-Rose - 1740-1947 ainsi qu’une photo tirée du livre de l’abbé Élie-J. Auclair Sainte-Rose de Laval - 1740-1940 viennent finalement confirmer les faits. Toutes ces sources pointent vers la même conclusion : l’Auberge Tassé a bel et bien occupé le site du futur Hôtel Laval.
La SHGIJ est rapidement informée du résultat de ma recherche et à compter de ce moment-là, la Société, madame Bodeven en tête, collabore à ma recherche. Dans un premier temps, on s’est entendus pour ne pas ébruiter la nouvelle avant d’avoir accumulé suffisamment de documentation. Entre autres, je devais compléter la chaîne de titres de la maison en pierre située au 970 rue des Patriotes, ne serait-ce que pour connaître parfaitement bien son histoire et éliminer toutes les possibilités de relations entre elle et Augustin Tassé.
La recherche a été longue et ardue, mais elle a payé. La chaîne de titres complétée de la maison en pierre nous informe que François Joly a d’abord acquis l’emplacement vacant en 1824 pour y faire construire l’édifice entre 1824 et 1831, au profit de son fils Jean-Baptiste Joly, surnommé « Garçon ». Ce dernier, menuisier, obtient la propriété en 1831 et la conservera jusqu’en 1865. Ça ne laisse guère de place à l’Auberge Tassé ! En examinant de plus près la documentation, je n’y trouve pas, non plus, la moindre trace de relation formelle entre cette propriété et Augustin Tassé.
Plus important encore : la chaîne de titres nous a permis de découvrir et de connaître tant l’histoire méconnue de cette maison en pierre et que les motivations et les circonstances qui ont mené à son illustre destin.
Top 10 des personnalités connues et oubliées qui ont marqué l’histoire de l’île Jésus Par Guillaume Bouchard Labonté, 7 juillet 2020
On pourrait citer des centaines voire des milliers de personnes qui ont changé, à leur façon, l’histoire de notre région. Dresser la liste des « plus importantes » parmi elles n’est pas une chose aisée, puisqu’on a attribué à plusieurs d’entre elles le mérite d’un travail collectif, et que beaucoup d’autres sont restées dans l’ombre.
Dans la liste ci-dessous, nous avons scrupuleusement évité de nommer des maires de village, de la ville fusionnée ainsi que quelques personnages un peu trop évidents, afin de vous permettre de faire quelques découvertes. Mais ces derniers feront peut-être l’objet d’un autre top 10!
10. Antoine Dalmas (1636-1693)
Si vous nous suivez sur les réseaux sociaux ou que vous avez jeté un coup-d’œil à notre Ligne du temps, ce nom vous dit sans doute quelque chose. C’est que ce prêtre jésuite français a rédigé l'un des premiers commentaires et tracé l'une des premières cartes de l’histoire lavalloise. En 1674, alors qu’il est responsable de la mission de La Prairie, il obtient le mandat d’explorer l’île Jésus. Comme on projette d’y installer une nouvelle communauté autochtone, Dalmas doit en évaluer le potentiel.
Dalmas ne se répand pas exactement en louanges, et le projet ne voit jamais le jour. Cependant, son travail nous permet de mieux connaître l’aspect du paysage tel qu’il se présentait aux yeux des Européens et des Autochtones de l’époque. Vous pouvez jeter un coup-d'oeil à la carte qu'il a dessinée en visitant notre expo virtuelle: L'île Jésus, au rythme de ses rivières.
9. Gédéon Ouimet (1823-1905)
Saviez-vous que Sainte-Rose était le lieu de naissance d’un illustre Québécois du XIXe siècle? Non, on ne fait pas référence ici au célèbre Curé Labelle mais bien au (beaucoup moins) célèbre Gédéon Ouimet, qui fut Premier ministre du Québec durant un peu plus d’une année. Procureur sous le gouvernement de Pierre-Joseph-Olivier Chauveau, il prend sa succession après sa démission, en 1873. Il devient ainsi le deuxième Premier ministre de l’histoire de la province. Le scandale des Tanneries viendra toutefois à bout de lui, l’année suivante. Quelques années plus tard, c’est comme Surintendant de l’Instruction publique qu’il sera surtout connu. Il conservera ce poste poste pendant presque trente ans.
8. Madeleine Soucisse-Morgan (1930-2017)
Infirmière et syndicaliste, elle est surtout connue pour avoir dirigé l’Alliance des infirmières de Sainte-Justine lors de la grève illégale de 1963, et ensuite l’Alliance des infirmières de Montréal (affiliée à la CSN) lors de la grève de 1966, qui prit des proportions historiques. Les revendications défendues dans le cadre de ces mouvements ont marqué le Québec et l’organisation du travail chez les employé-e-s de la santé.
Fait moins connu : Madeleine Morgan était aussi membre de la Société d’histoire et de généalogie de l’île Jésus. Elle a même écrit un article sur l’histoire des services de la santé à Laval, publié dans la revue Mille Isles aux Deux-Montagnes, en 1997.
7. Marc-Aurèle Fortin (1888-1970)
Le peintre Marc-Aurèle Fortin, croyez-le ou non, est né à Sainte-Rose en 1888. Il n’y reste toutefois pas confiné, puisqu’il fréquente le prestigieux Art Institute of Chicago dès 1912. Ses œuvres, représentant souvent des paysages ruraux, sont exposées aux quatre coins du globe. Les amateurs d’art apprécient alors particulièrement sa maîtrise de l’aquarelle, qu’il rehausse souvent de traits de pastel à l’huile. Sa carrière, ses innovations et découvertes ne s’arrêtent qu’en 1955, en raison de problèmes de santé.
6. Alfred Pellan (1906-1988)
Alfred Pellan est connu en tant que peintre, muraliste, costumier même… mais beaucoup moins en tant que Lavallois. Il a pourtant résidé plus de trente ans sur l’île Jésus, dans une maison patrimoniale d’Auteuil qui porte aujourd’hui son nom. Il y installe son atelier au début des années 1950, dans lequel il produit plusieurs de ses grandes œuvres. Figure marquante du surréalisme et du cubisme québécois, Pellan se livre au cours de sa carrière à d’innombrables explorations artistiques.
5. Armand Frappier (1904-1991)
Originaire de Salaberry-de-Valleyfield, Armand Frappier a fondé et dirigé l’Institut de microbiologie et d’hygiène de Montréal (IMHM). Avant de s’installer à Laval-des-Rapides, cet organisme, inspiré de l’Institut Pasteur en France, occupait des locaux de l’Université de Montréal. Sur l’île de Montréal comme plus tard sur l’île Jésus, Armand Frappier et ses collaborateurs ont mené une lutte acharnée contre plusieurs maladies, dont la tuberculose. L’IMHM prendra éventuellement le nom d’Institut Armand-Frappier. Il est aujourd’hui bien enraciné dans la communauté lavalloise et constitue l’un de nos fleurons en matière de recherche scientifique.
Le Musée Armand-Frappier est né de l'initiative de l'Institut du même nom. Fondé en 1994, il vise notamment à faire la promotion de la culture scientifique et des biosciences. Situé à Laval, il fait lui aussi partie de l'héritage transmis par ce personnage à notre communauté.
4. Cécile Lalande-Dagenais (1923-1987)
Autre personnalité majeure de l’histoire des services de santé à Laval, Cécile Lalande-Dagenais débute sa carrière d’infirmière en 1947. Elle travaille alors en salle d’opération. C’est le 10 novembre 1957 qu’elle crée, avec quelques partenaires, le premier Hôpital général de Sainte-Rose. Tout d’abord situé dans une maison familiale au 147, Plateau Ouimet, il est éventuellement déplacé dans un édifice plus grand au 240, Roi du Nord. Cécile L. Dagenais dirige alors cet établissement qui compte une trentaine de lits. L’ancien hôpital, lui, est transformé en école de gardes-malades! Durant toutes les années soixante, Cécile L. Dagenais reste une actrice majeure du développement des soins de santé à Laval.
3. Jeanne-Mathilde Benoît Sauvé (1922-1993)
Ancienne journaliste et première femme du Québec à être nommée à un poste de ministre au fédéral, elle est députée de la circonscription d’Ahuntsic au début des années 70. Cette zone comprend à l’époque une partie de l’île Jésus. Elle est également la première femme à être désignée gouverneure-générale du Canada, en 1984.
2. Alexandra Stewart (1939-)
Née à Montréal, cette actrice est connue pour ses nombreux rôles et sa carrière de plus d’un demi-siècle. Son lien avec Laval reste cependant difficile à cerner. Qualifiée de « Lavalloise » dans les journaux de l’île Jésus au cours d’une bonne partie de la décennie 1960, elle semble faire la fierté de beaucoup de chroniqueurs d’ici, qui ne se gênent pas pour suivre sa carrière de très près. Dans les faits, il est difficile d’établir si elle a déjà vécu, ou vécu assez longtemps à Laval pour développer un attachement quelconque à notre ville. Vraisemblablement, ses parents auraient habité ici et ce détail aurait suffi à gonfler l’orgueil local. Elle a donc définitivement marqué les esprits lavallois.
Dans cette entrevue récente, elle répond à quelques questions sur sa carrière et ses goûts cinématographiques dans le cadre du Festival La Rochelle Cinéma.
1. Esther Pariseau (1823-1902)
Née à Saint-Martin en 1823, elle rejoint dès 1843 les Sœurs de la charité de la Providence, congrégation qu’Émilie Tavernier vient à peine de fonder. Elle prend alors le nom de Sœur Joseph du Sacré-Cœur. Missionnaire courageuse, elle crée en 1857 une école à Vancouver (dans l’État de Washington) à l’aide de ses collaboratrices, puis ouvre un hôpital l’année suivante, ainsi qu’une autre mission, éventuellement, à Walla Walla. Elle supervise ensuite la construction de plusieurs hôpitaux à Seattle, Portland, Astoria, etc. C’est une pionnière polyvalente et infatigable, qui lors de chaque aller-retour entre le Québec et l’Ouest du continent, ramène avec elle un contingent de nouvelles religieuses volontaires.
En plus d’avoir développé des talents certains dans la création et le maintien de missions à l’étranger, Esther Pariseau maîtrise le travail du bois et l’architecture. C’est d’ailleurs elle, en 1880, qui fabrique les moulures et sculpte tant les autels que les colonnes de la toute nouvelle chapelle de la maison de la Providence des Saints-Anges, à Vancouver.
Esther Pariseau est plus connue dans l’État de Washington qu’à Laval. On a même érigé une statue en son honneur, dans l’objectif de représenter cet État au Capitole!
Monsieur René St-Germain a réalisé pour la société d'histoire et de généalogie de l'île Jésus, une image qui illustre l'aspect d'origine de la maison Charbonneau. Elle reprend les éléments architecturaux énumérés sur la fiche du répertoire du patrimoine culturel du Québec que voici en partie :
" C’est en 1711 que le Séminaire de Québec concède une terre à la famille Charbonneau sur la pointe Est de l’Île Jésus. Par la suite en 1736, la famille Charbonneau érige une maison qui demeure la propriété de la famille Charbonneau jusqu’en 1878. La maison est alors vendue à la famille Chartrand.
Cette maison du XVIII siècle est représentative de la maison rurale d'inspiration française par son volume massif en maçonnerie en moellons, son élévation d'un étage et demi, son toit à deux versants et la distribution asymétrique des ouvertures. Par ailleurs, elle possède des caractéristiques fréquemment rencontrées dans la région montréalaise, notamment l'absence de crépi, un plan carré et des souches de cheminée à deux têtes, l'une d'elles étant factice, reliées par un muret de pierre. À l'intérieur, on remarque deux murs de refend perpendiculaires qui, en plus de soutenir les solives du plancher, servent à compartimenter l'espace.
Le rez-de-chaussée présente deux foyers disposés de part et d'autre du carré, l'un d'eux étant en pierre taillée et orné d'une clef. La charpente du toit était constituée de fermes, dont une est toujours entière, formées de chevrons, d'un entrait, d'un faux entrait et d'un poinçon. L'ensemble de ces éléments évoque le savoir-faire issu de la tradition française. Les larmiers retroussés et la galerie avant, ajoutés au XIXe siècle, traduisent cependant le goût pour le pittoresque et les nouvelles valeurs attribuées à la nature. Les éléments clés de la maison Charbonneau liées à ses valeurs historiques et architecturales comprennent, notamment :
- Sa situation face à la rivière des Mille-Îles, dans un environnement rural, sur la pointe est de l'île Jésus;
- Son volume, dont le plan presque carré ainsi que l'élévation d'un étage et demi de même que le toit à deux versants;
- Ses matériaux, dont la maçonnerie de moellons non crépie et les souches de cheminée en pierre à deux têtes reliées par un muret disposées au centre des murs pignons;
- La disposition asymétrique des ouvertures et la ferronnerie originale présente sur certaines d’entre elles;
- Ses éléments ajoutés au XIXe siècle, dont la galerie en façade avant et les larmiers retroussés;
- Ses ouvertures, dont les fenêtres à battants à grands carreaux, les contre-fenêtres à battants au tiers supérieur fixe, les chambranles à consoles en bois mouluré et les portes en bois;
- Ses éléments intérieurs, dont les deux murs de refend perpendiculaires dans la cave, les deux foyers du rez-de chaussée : l’'un étant en pierre taillée et orné d'une clef ainsi que la charpente du toit composée de fermes formées de chevrons, d'un entrait, d'un faux entrait et d'un poinçon."
Selon un texte publié par Héritage Montréal le 8 octobre 2020, on peut y lire :
“La maison est classée en 1977 par le gouvernement du Québec qui lui attribue une aire de protection en 1979. C’est Pierre Thibault, avant dernier propriétaire, qui a restauré la maison. Le propriétaire actuel, qui a acquis la maison en 2008, a déposé une demande de démolition à la Ville de Laval en 2014, demande qui a été rejetée. Toutefois, aucun travail de restauration et de protection n’a été entrepris, ce qui a précipité la dégradation de l’immeuble. Le 25 novembre 2020, le tribunal a accordé une ordonnance de sauvegarde qui autorisait le ministère à effectuer lui-même ces travaux, soit stabiliser la charpente du toit, boucher les ouvertures et les trous afin d'empêcher la neige d'entrer, installer un système de chauffage, isoler le sol extérieur autour des fondations et rejointoyer les fondations par l'extérieur. La Cour ordonnait aussi à la propriétaire de la maison de maintenir l'approvisionnement en électricité pour assurer le chauffage à 15 degrés.”
Il s'agit d'une maison dont l'avenir est incertain comme on le constate à la lecture d'un article paru le 9 mars 2020 dans L'écho de Laval :
"La dégradation de l’immeuble semble maintenant stabilisée, mais des décisions importantes devront être prises quant à son avenir. Les travaux de protection effectués devraient être temporaires. Entretemps, la SNQL explique compter sur la vigilance de Ville de Laval pour maintenir l’intégrité de l’immeuble. Et surtout, l'organisation attend avec grand intérêt le plan d’intervention préconisé afin qu’un jour, cet élément patrimonial devienne accessible à la population lavalloise."
Deux de ces œuvres n’ont jamais été présentées au public dû à leur très mauvais état. Elles ont récemment fait l’objet d’une importante restauration par le Centre de conservation du Québec (CCQ). Il s’agit du tableau de François Malepart de Beaucourt, Le Miracle de Saint Antoine, l’un des plus anciens de la paroisse de Saint-Martin, acheté en 1794. L’autre toile présentée en primeur est la Messe de saint Martin du peintre Louis Dulongpré acquise par la paroisse vers 1819. Quant à la troisième pièce, le tableau-relief Saint Martin partageant son manteau avec un pauvre attribué à François Guernon dit Belleville, celle-ci avait été présentée en 2006 à l’occasion de l’exposition Le Trésor de Saint-Martin, à la Maison des arts de Laval. La restauration de cette œuvre par le CCQ avait nécessité 2 000 heures de travail, échelonnées sur quatre ans.
Rappelons pour mémoire que les paroissiens de Saint-Martin avaient eu le temps de sortir les œuvres d’art de leur église, incendiée par la foudre le 19 mai 1942. Le MNBAQ a récupéré plusieurs pièces de la paroisse grâce à l’abbé Claude Turmel qui obligea le curé à vendre les œuvres d’art à un musée plutôt qu’à des antiquaires. On trouve maintenant des pièces d’orfèvrerie, de sculptures, de tableaux et de mobilier liturgique au MNBAQ, le Musée des beaux-arts du Canada et le Detroit Institute of Art. La paroisse a néanmoins conservé quelques pièces dont sa lampe du sanctuaire de l’artiste Robert Cruickshank. Un catalogue a été publié par la Ville de Laval en 2006 lors de l’exposition du Trésor de Saint-Martin et a fait état du périple des œuvres au fil des décennies. Un numéro spécial du bulletin de la Société d’histoire et de généalogie de l’île Jésus, complément du catalogue, a aussi été consacré en décembre 2007 (vol. 23, no. 2) à cette exposition.
L’épidémie de variole de 1733 à Saint-François-de-Sales et la longue histoire d’une maladie Par Guillaume Bouchard Labonté – 12 juin 2018
En Nouvelle-France, la variole ne décime pas que les villes : elle frappe aussi les villages autochtones et menace les campagnes. Saint-François-de-Sales, à l’époque, n’est qu’une toute petite communauté rurale de quelques centaines d’habitants. Et elle n'est pas épargnée par la « petite vérole ».
En 1733, le curé Jean-Baptiste Poulin fait méticuleusement le bilan de l’épidémie qui l’a rejointe. Hubert Charbonneau, du MSGCL, en fait le résumé en 1992 : « Des 384 malades, 210 sont de sexe masculin et 174 de sexe féminin. […] Grâce au curé Poulin, on sait que la contagion a fait 21 morts, soit 5.5% des malades. »[1]
En face d’un si faible pourcentage de décès, on pourrait en conclure que l’épidémie de 1733 n’a rien eu d’apocalyptique: la souche du virus était peut-être moins létale que celle qui a dévasté le pays trente ans plus tôt. Globalement, on sait que sans traitement ni vaccination, la variole tue en moyenne 30% des malades[2].
Il faut cependant prendre quelques données démographiques en considération afin de nuancer cette conclusion. À l’époque, l’île Jésus ne comptait que 687 personnes[3]. C’est donc 56% de la population totale de l’île qui est infectée, et 3% qui en meurt! Notons aussi que si une partie des habitants n’en ont pas souffert cette année-là (ou du moins n’en sont pas morts), surtout parmi les plus âgés, c’est qu’ils y avaient peut-être déjà été exposés lors d’une épidémie précédente. Celles de 1703 et de 1714 ont aussi causé des pics de mortalité sur l’île Jésus[4], mais l’immigration étant alors relativement forte, il est également probable que plusieurs habitants aient développé leur immunité ailleurs. L’épidémie de 1733, qui a plus d’ampleur que les précédentes, a en bref sans doute laissé une empreinte profonde dans la mémoire de l’île. Elle est également accompagnée d’une stagnation démographique. Alors que la population de la Nouvelle-France augmente de près de 4 000 habitants entre 1732 et 1736, l’île Jésus en perd 44[5].
À l’époque, l’île Jésus ne comptait que 687 personnes. C’est donc 56% de la population totale de l’île qui est infectée, et 3% qui en meurt!
La variole, éradiquée en 1980, a cessé de hanter les chaumières de Laval. Afin de mieux comprendre son effet possible sur les esprits des gens qui les ont habitées avant nous, la SHGIJ a entrepris de tracer quelques grandes lignes de l’histoire de cette maladie et surtout de son traitement, principalement au Québec.
Éclosions et symptômes
Les premières grandes épidémies de variole se seraient déclarées au cours de l’Antiquité, possiblement en Inde ou en Égypte. Plus tard, au XVIIIe siècle, la maladie infectieuse se manifeste de manière cyclique dans de nombreuses villes et peut tuer 10% de leur population en une seule éclosion, comme ce fut le cas à Québec à l’hiver 1703[6]. Elle affecte des gens de toutes les classes sociales : L’Empereur Joseph Ier en meurt en 1711 et Louis XV en 1774[7].
C’est en raison de la promiscuité et du commerce que les cités (en particulier les villes portuaires) sont les lieux d’éclosion par excellence. Ceux qui survivent à la maladie conservent souvent des cicatrices indélébiles, car la « picotte » se caractérise non seulement par des douleurs et des vomissements, mais aussi par de violentes éruptions cutanées. Le XVIIIe siècle urbain est celui de portraits cruellement grêlés. En outre, la variole peut, quoique rarement, causer la cécité chez les survivants ainsi que certains problèmes articulaires chez les enfants.
L’inoculation et le vaccin
Connue en Chine et en Inde depuis longtemps, l’inoculation s’amène en Europe au début du XVIIIe siècle par le biais de Lady Montagu, qui l’a observée à Constantinople[8]. Dans les années 1720, elle est donc pratiquée en Angleterre et éventuellement au sein de ses colonies[9]. Dans les zones d’influence française, et malgré les efforts de Voltaire – un ardent défenseur de la pratique[10] – elle reste cependant encore peu courante[11].
Nous avons trouvé peu de données sur les campagnes d’inoculation et de vaccination contre la variole sur l’île Jésus. Nous savons cependant que l’inoculation est pratiquée par quelques docteurs au Canada dès la fin du XVIIIe siècle : parmi eux, Frédérick-Guillaume Oliva (celui-ci, d’origine allemande, est arrivé à Québec en 1786)[12]. L’inoculation est une technique agressive. Elle consiste à mettre le pus d’un variolé en contact avec un patient sain. Elle peut, dans des cas rares, causer la mort. Lors de la campagne d’inoculation en Franche-Comté, entre 1784 et 1786, elle est directement en lien avec 3 décès sur 1660 enfants traités, soit 0,2%[13]. Le vaccin est quant à lui introduit au Bas-Canada dès 1801. Plus simple, il se limite à l’injection d’un virus apparenté à la variole humaine, présent chez la vache : la « vaccine ». Chez l’être humain, la vaccine d’origine bovine est bénigne.
Au XVIIIe siècle, de nombreuses pratiques sont bien plus dommageables à la santé de l’enfance que l'inoculation. Mais les accidents suffisent à encourager le scepticisme ambiant. Le Parlement de Paris, en 1763, interdit même l’inoculation à l’extérieur des zones directement affectées par les épidémies[14].
Au début du XIXe siècle, quand le vaccin (on parle alors de « l’inoculation de la vaccine ») remplace l’inoculation de la petite vérole, le débat se poursuit. La division existe au sein même du corps médical, pour des raisons diverses : en France, on redoute entre autres une hybridation entre vaches et humains, puisqu’on en mélange les humeurs[15]… Plusieurs médecins français voient également l’innovation anglaise d’un mauvais œil – vraisemblablement par chauvinisme. Si l’on en croit les mémoires de Philippe Aubert de Gaspé, cette posture est partagée par certains Canadiens-français, qui disent préfèrer l’inoculation de « la bonne picotte française » à « l’invention anglaise »[16]. Plus largement, comme toute autre nouveauté, elle est reçue avec prudence. Dans une édition de 1821 du journal Le Canadien, on craint par exemple que « le public aimera mieux se fier à [l’inoculation de] la petite vérole qui est aisée à connaître, qu’à la vaccine dont il est si difficile en apparence de s’assurer le succès. »[17]
Au Québec, une violente controverse concernant le vaccin contre la variole persiste jusqu’à la fin du siècle. En 1885, la dernière grande épidémie montréalaise de variole emporte 3164 personnes, dont 2 117 enfants[18]. Plusieurs médecins (dont le docteur Joseph-Émery Coderre) s’opposent malgré tout aux programmes de vaccination adoptés d’urgence. Lors de l’émeute du 28 septembre 1885, des masses d’anti-vaccinateurs vont même jusqu’à vandaliser une pharmacie, le Bureau de santé et l’Hôtel-de-Ville.
La fin de la menace?
Au XXe siècle, la variole a fait des centaines de millions de morts. Ce sont des efforts mondiaux de vaccination qui ont finalement permis d’éradiquer le fléau. Et pourtant, nous en conservons de très mauvais souvenirs. La peur ne s’est pas non plus totalement volatilisée. Plusieurs craignent que la congélation naturelle des corps des victimes de la variole en Sibérie ait pu préserver le virus. Est-ce une menace imminente? Peut-être bien : les changements climatiques et la fonte du pergélisol ont déjà libéré des spores d’anthrax dans la région, vraisemblablement contenus dans le cadavre d’un renne congelé depuis 75 ans. Conséquemment, 24 personnes ont été contaminées, et un enfant est décédé.
[1] Hubert Charbonneau. « Les Varioleux de Saint-François-de-Sales en 1733 ». MSGCL, vol 43, no 4, hiver 1992, La Rubrique du PRDH, p. 292.
[2] Agence de la Santé publique du Canada. « Qu’est-ce que la variole? » [En ligne] URL : http://www.phac-aspc.gc.ca/ep-mu/smallpox-fra.php (page consultée le 11 juin 2018). Ajoutons que la variole, au XXe siècle seulement, a emporté 300 millions de personnes.
[3] Sylvie Dépatie. L’évolution d’une société rurale : l’île Jésus au XVIIIe siècle. Thèse de doctorat, Université McGill, 1988, p. 49.
[9]Rapport sur le fait de l’inoculation de la petite vérole. Paris, 1763, p. 88.
[10] Jean-Pierre Peter. « Les médecins français face au problème de l’inoculation variolique et de sa diffusion (1750-1790). Annales de Bretagne et des pays de l’Ouest, 1979, 86-2, p. 253.
[12] Marcel Cadotte. « Considérations médico-sociales des épidémies à Montréal au XIXe siècle. » Montréal au XIXe siècle. Des gens, des idées, des arts, une ville. Actes du colloque organisé par la Société historique de Montréal (automne 1988). Textes colligés par Jean-Rémi Brault. Ottawa, Léméac, 1990, p. 143.
[15] Pierre Darmon. « Les premiers vaccinophobes. » Sciences sociales et Santé. Année 1984, 2-3-4, p. p. 129. Cette terreur est accompagnée d’une imagination foisonnante, puisque quelques médecins croient observer, chez certains enfants, des métamorphoses troublantes. Dans l’article cité, on parle du cas du Dr Moseley, qui constate que le crâne d’un enfant vacciné « paraissoit se transformer et prendre en quelque sorte la forme d’une tête de vache ».
La Grande Paix de Montréal, en 1701, permet de mettre fin aux incursions iroquoises et donc de peupler des paroisses autrefois menacées et négligées. En quelques décennies, plusieurs centaines de personnes s’installent ou naissent sur le territoire de l’île Jésus : si bien qu’en 1736, on y compte 644 habitants.
Pas étonnant que dans les années précédant la Conquête, cette augmentation rapide attire de plus en plus d’artisans et de marchands aux spécialités diverses. L’un d’eux, originaire de Montréal, s’installe à Saint-François-de-Sales, où il trouve une épouse et fonde sa famille.
Il se nomme Charles Rhéaume. Fils d’un marchand de fourrures de Montréal, il ne semble pas montrer autant d’intérêt pour ce négoce, bien qu’il ajoute encore la mention « fameux traiteur » à sa signature en 1743[1]. Une bonne partie de la population de la ville, à l’époque, vit directement ou indirectement de ce commerce florissant. Quitter le confort de la ville et son marché dynamique pour une paroisse rurale est un pari risqué.
Une bonne partie de ce que l’on sait sur Charles Rhéaume nous vient de la thèse de doctorat de Sylvie Dépatie, qui a travaillé sur la population et l’administration de la seigneurie de l’île Jésus au cours des années 80[2]. Elle trace le portrait d’un commerçant prospère, et surtout du premier détaillant de l’île Jésus. Beaucoup de biens transitaient par ses propriétés, et l’acquisition de lots dans la paroisse reflétait bien ses ambitions. Sa femme, Marguerite-Madeleine Labelle, est la fille d’un des hommes les plus riches de l’île Jésus, et sa terre a la chance d’être située aux abords d’une petite baie, assez profonde pour que de grosses barques y mouillent. Elle constitue un port naturel parfait, et Charles Rhéaume en a très bien conscience[3]. Il y fait éventuellement construire deux hangars[4]. Ce terrain a un autre avantage : il est situé juste à côté du moulin de Saint-François (représenté par une étoile jaune sur la carte ci-dessus).
Nous savons aussi, par les études des Sœurs grises, que Rhéaume était un grand donateur de l’Hôpital-Général de Montréal. Alors que celui-ci est en grande difficulté, juste après la Conquête, il remet un montant total de 2 000 livres à la célèbre organisation de Marguerite d’Youville[5]. À titre de comparaison, en 1742, Rhéaume achète une terre appartenant à Michel Cyr pour 7 00 livres. Malgré les différentes crises inflationnistes qui ravagent l’économie de la Nouvelle-France à l’époque, il s’agit d’un montant impressionnant.
la famille de Charles Rhéaume « possédait » trois esclaves, ce qui a fait d’elle la plus grande propriétaire (connue) de travailleurs serviles de toute l’histoire de l’île Jésus.
Pur altruisme? Ou Rhéaume a-t-il quelque chose à se faire pardonner? Peut-être des faveurs à obtenir? L’île Jésus, dans tous les cas, est plus proche de Marguerite D’Youville qu’on pourrait le croire a priori, puisque l’un de ses fils (Charles d’Youville Dufrost) deviendra éventuellement curé de la paroisse de Sainte-Rose.
Un autre marqueur de prospérité, moins glorieux certainement : la famille de Charles Rhéaume « possédait » trois esclaves, ce qui a fait d’elle la plus grande propriétaire (connue) de travailleurs serviles de toute l’histoire de l’île Jésus. Un reçu datant de 1743 suggère que Rhéaume ne s’est pas contenté d’en acquérir pour ses propres besoins : il a également été impliqué dans le commerce d’esclaves noirs[6]. Le premier « détaillant » de l’île Jésus vendait vraiment de tout...
La Conquête apporte bien des bouleversements. Il semble qu’après le changement de régime, Rhéaume a connu divers revers de fortune. Normal : la ville de Montréal connaît elle-même des moments difficiles et un exil d’une partie de son élite. Quelques années plus tard, il n’apparaît bientôt plus comme marchand indépendant et aisé, mais comme employé de l’entreprise de Baby, pour qui il procède à plusieurs transactions. Il œuvre alors dans le commerce du blé. Il a aussi vendu ses propriétés de l’île Jésus pour un montant faramineux de 22 000 livres, à un homme dont les paiements feront défaut[7]. Une ironie du sort, puisque Rhéaume a souvent retenu les paiements à ses fournisseurs, pour des raisons diverses[8].
Alors que Rhéaume tente de se refaire à Montréal, sa famille vit des changements qui finissent par l’avantager. Veuve depuis quelques temps, sa mère s’est trouvé un nouvel époux ; et elle a bien choisi. Charles-François-Marie Ruette[9] a des droits sur une partie de la seigneurie d’Auteuil. Or, celui-ci les lègue à sa nouvelle épouse, qui les lègue à son tour à son décès à Charles, en 1763. Il revend ses parts en 1773, mais semble avoir pris entretemps goût à ce genre de responsabilité, puisqu’on lui cède la seigneurie de Monceaux[10], qu’il conservera jusqu’à sa mort.
Charles Rhéaume n’est pas, en bref, qu’un petit commerçant. C’est un homme audacieux et ambitieux, voire avide. Les archives le concernant sont marquées par des procès – souvent des affaires reliées à ses finances et sa comptabilité[11] – mais elles montrent également à quel point il est mobile : pour mener ses affaires, il se déplace sans arrêt et fait notamment affaire à Québec[12]. Il a d’ailleurs possédé deux navires : le Saint-Pierre et le Madeleine. Il ne semble pas manquer d’opportunisme et se montre parfois impitoyable dans ses affaires. Il n’est donc pas étonnant de le voir se nourrir de la croissance démographique de l’île Jésus – et/ou de contribuer à son développement économique.
[1] Reçu à Louis Saint-Germain pour achat d’esclaves – 25 septembre 1743.BAnQ Québec, P1000, S3, D1884
[2] Sylvie Dépatie. L’Évolution d’une société rurale : l’île Jésus au XVIIIe siècle. Thèse de doctorat, Université McGill, 1988.
[5]L'hôpital général des Soeurs de la Charité, vol I. Sœurs de la Charité de Montréal, 1915, p. 251.
[6] Reçu à Louis Saint-Germain pour achat d’esclaves – 25 septembre 1743.BAnQ Québec, P1000, S3, D1884. Le reçu fait état de cinq esclaves noirs, vendus pour la somme de 3 000 livres.
[8] Notamment dans une affaire qui conduit à un procès qui l’oppose à André Portes (BAnQ, TL1,S11,SS1,D105,P43) et un autre à Jean La Tuilière (BAnQ, TL1,S11,SS1,D106,P17). Dans ce dernier cas, des experts ont été appelés pour procéder à la livraison de barriques de vin sans doute jugées fautives par Rhéaume, et celui-ci a été sommé de payer la somme due.
[9] On sait que leur mariage est connu de tous avant 1740, puisqu’un procès qui oppose Thérèse Catin à un habitant de Montréal la présente comme veuve de Simon Rhéaume et remariée au sieur Charles Ruette d’Auteuil. BAnQ, TL5,D1131.
[11] L’affaire qui l’oppose à André Portes en 1755 dure plusieurs mois et concerne une somme de 15 000 livres que Rhéaume aurait tardé à remettre au demandeur (BAnQ, TL1,S11,SS1,D105,P43). La Cour déboute ses appels au moins une fois, lui infligeant une amende pour « fol appel ». « Appel mis à néant de la sentence rendue en la Prévôté de Québec, le 4 juillet 1755 » BAnQ, TP1,S28,P21164.
[12] Jean La Tuilière est un tonnelier de Québec. TL1,S11,SS1,D106,P17
Par Guillaume Bouchard Labonté - 12 mars 2018
Il y a quelques mois, nous avons appris que Laval serait l’hôtesse des Jeux du Québec à l’été 2020. C’est une excellente nouvelle et également l’occasion de rappeler que Laval a accueilli les tout premiers Jeux du Québec, en 1971!
Ce sont des circonstances tout à fait extraordinaires qui amènent les Jeux du Québec à Laval. Fin 1970, le gouvernement du Québec annonce en effet l’annulation de l’évènement. En janvier, coup de théâtre : le maire Jacques Tétreault annonce à son tour que Laval se propose d’accueillir les Jeux malgré tout. La ville se targue alors d’être devenue la « capitale du sport amateur »[1]. Les préparations se font dans une certaine urgence, puisque l’évènement doit avoir lieu un mois plus tard seulement. Mais l’ingénieur en chef des Jeux, Arthur Lessard, est partout. En tant que directeur de la Récréation de Ville de Laval, l’ancien hockeyeur refuse d’organiser un évènement de fortune, et il y met toute son énergie.
Une instrumentalisation politique?
L’étonnante décision, qui semble unilatérale à première vue, provoque les interrogations de plusieurs journalistes. Bien que Tétreault ait spécifié, lors d’une conférence de presse, qu’il « s’agit d’une initiative totalement apolitique »[2], tout le monde n’est pas dupe. Dans La Presse, Claude Gendron rappelle par exemple que Tétreault, en tant que soutien de l’Union Nationale, a tout à fait intérêt à prendre les décisions du gouvernement libéral à rebours. À l’époque, des rumeurs font d’ailleurs état de son intention de faire le saut au provincial[3]. La présence de Jean-Noël Lavoie (ancien maire et député libéral) lors d’un évènement de financement permet toutefois de modérer quelques doutes[4], sans totalement les dissiper.
Financement
Évidemment, la nature de la politique municipale ramène la question des dépenses à l’avant-plan. Le sujet fait littéralement couler plus d’encre que les évènements sportifs eux-mêmes.
le gouvernement provincial, assez réfractaire, a exigé que les Jeux d’Hiver du Québec de Laval soient autofinancés. On fait donc appel à de nombreux commanditaires pour couvrir les frais.
En 1971, les règles qui entourent les publicités des compagnies de tabac n’ont pas l’importance qu’on leur accorde aujourd’hui. Aussi, personne ne s’objecte du fait que Benson & Hedges dépense 18 000$[5] en publicité pendant les Jeux d’hiver. Il en va de même pour l’alcool : la Brasserie Dow offre gracieusement des trophées de trois pieds aux régions qui auront accumulé le plus de médailles et de points[6]. L’organisation des Jeux a cruellement besoin de ce genre d’investissements. Mais ce n’est rien en comparaison du montant qu’on cherche à obtenir lors d’un dîner de donateurs, le 7 février. On y attend 1 000 convives et on prévoit faire un bénéfice net de 75 000$. Plusieurs vedettes du sport sont mises à contribution, dont le célèbre Émile « Butch » Bouchard et la skieuse Nancy Greene-Raine[7]. Le gouvernement fédéral profite également de l’évènement pour remettre une enveloppe de 10 000$ à l’organisation des Jeux.
Un succès
Environ 4 500 athlètes[8] participent aux compétitions, et les spectateurs sont également assez nombreux à y assister[9]. Dans Le Courrier Laval, on parle d’une « participation record ». Évidemment, le « record » n’est pas difficile à établir, puisqu’il s’agit de la première édition des Jeux. La participation des athlètes est de plus gonflée par la grande diversité des disciplines. En plus des épreuves en montagne, qui ont lieu au Mont-Avila dans les Laurentides, et des épreuves extérieures, plusieurs sports de piscine (hockey sous-marin et natation – ces compétitions ont lieu à Mont-de-La Salle) et intérieurs (gymnastique, tennis sur table, boxe, etc.) sont représentés[10]. Notons également la présence de disciplines aujourd’hui quasiment disparues, comme le « saut de barils ».
Le portrait qu’on trace de ces Jeux est au définitif si positif qu’un chroniqueur du Journal de Montréal suggère de les renommer les « Jeux Lessard », afin d’honorer leur principal instigateur[11]. Des commentateurs proposent également de renouveler l’expérience et de tenir les prochains Jeux du Québec à Laval. Jacques Tétreault n’en est pas certain : il mentionne l’importance pour l’évènement d’obtenir une subvention provinciale[12]. On ignore encore si le commentaire était « apolitique » ou non. Dans tous les cas, Laval n’organisera de nouveaux Jeux du Québec (d’été) qu’en 1991.
Images : CAL, Fonds Jean-Claude Gagné.
[1] « Laval recevra les Jeux d’Hiver du Québec ». La Presse, 5 janvier 1971, p. B3.
[2] Jean-Marc Provost. « Ne pas faire de la politique sur le dos des jeunes du Québec ». Le Courrier de Laval, 10 février 1971, p. 2.
[3] Claude Gendron. « La politique : un sport à l’honneur aux « Jeux d’hiver du Québec » à Laval ». La Presse, 5 février 1971, p. A5.
[4] « Lavoie, Kierans et Dupuis se joignent à Tétreault pour les Jeux d’hiver du Québec à Laval. » Le Courrier Laval, 10 février 1971, p. 1.
[5] « Les Jeux d’hiver du Québec ne coûtent rien à Laval. » Le Courrier Laval, 27 janvier 1971, p. 2.
[6] « Les Jeux d’hiver du Québec encore pour Laval l’an prochain? » Le Courrier Laval, 24 février 1971, p. 1.
[7] Lavoie, Kierans et Dupuis se joignent à Tétreault pour les Jeux d’hiver du Québec à Laval ». Le Courrier Laval, 10 février 1971, p. 1.
[8] « Les Jeux de Laval ont été finalement ceux du Québec. » La Presse, 10 mars 1971, p. C4.
[9] « Les Jeux entrent dans leur phase finale; participation record enregistrée. » Le Courrier Laval, 3 mars 1971, p. 2.
[10] « Programmation des Jeux ». Le Courrier Laval, 3 mars 1971, p. 1.
[11] « Les Jeux Lessard, eh bien pourquoi pas? » Le Courrier Laval, 3 mars 1971, p. 1.
[12] « Les Jeux d’hiver du Québec encore pour Laval l’an prochain? » Le Courrier Laval, 24 février 1971, p. 1.
Petite histoire des évasions au pénitencier de Saint-Vincent-de-Paul - Troisième partie, conclusion
L’affaire Mesrine est la série d’évènements la plus célèbre de l’histoire des centres de détention lavallois, et l’une des dernières à impliquer autant de violence. Mais malgré les échanges de coups de feu, ce drame ne fut pas le plus grave à impliquer des détenus et fugitifs du complexe carcéral lavallois au cours de l’histoire récente. Comme nous l’avons mentionné dans notre premier article, les fugitifs du début du siècle arrivent parfois à se saisir des armes des gardiens. Ils sont souvent suivis dans leur fuite par une pluie de balles, et il arrive qu’ils retournent la politesse. Mais la prison est alors une véritable passoire. Or, des mesures de sécurité plus élevées rendent de facto les évasions plus spectaculaires… et dangereuses.
Il est aussi possible de noter une différence majeure dans la participation de la population. Selon André Forget, il semble qu’au début du siècle, les habitants de la paroisse collaborent volontiers avec les autorités : une récompense est souvent associée à la capture de fugitifs[1]. En 1956, Gaston Martel compte au contraire sur le silence de plusieurs complices qui vivent dans les environs. Mesrine, toujours dans L’instinct de mort, affirme n’avoir eu qu’à dire qu’il s’évadait de l’USC pour terroriser deux automobilistes. Peut-être exagère-t-il cependant un peu : les victimes affirment qu’il aurait été armé d’un bout de tuyau de fer rouillé[2]. En 1973, c’est un appel anonyme qui permet la capture de trois autres évadés de l’USC, plutôt qu’une intervention directe de citoyens[3]. La peur semble avoir remplacé l’avidité, peut-être partiellement en raison des transformations dans la population carcérale. La plupart des évadés des années 1880 à 1940 que nous avons cités ont été arrêtés pour vol, avec ou sans effraction. Or, les détenus de l’USC ont une réputation plus violente. Plusieurs ont commis des vols à main armée ou ont reçu des peines de prison à vie[4]. Les gros titres des journaux ne contribuent pas non plus à calmer la foule. Certains criminels bénéficient également d’un réseau étendu à l’extérieur du pénitencier, voire de la sympathie d’une partie du public. Le respect, même d’une portion insignifiante de la population, leur est certainement plus utile que la terreur.
Des conditions insupportables
Globalement, on pourrait postuler que la situation des détenus s’est améliorée au Québec, entre 1860 et 1970. Mais ce n’est pas le cas dans chacun des centres de détention de la province. Si, quelques années après l’ouverture de la prison de Saint-Vincent-de-Paul, un détenu dit apprécier « le paysage »[5] – on doute cependant que les émeutiers de 1886 aient été du même avis – les témoignages du genre sont bien plus rares dans les décennies suivantes. Une commission d’enquête recommande sa démolition dès 1936[6]!
Le pénitencier devient graduellement l’un des plus durs du Canada. Les suites de l’émeute de juin 1962[7] en donnent un aperçu : une enquête révèle qu’un des détenus identifiés comme meneur, Alvin Gunn, a été sévèrement battu par un groupe de plus ou moins six gardiens. Le contrôle de la brutalité échappe même au nouveau directeur de la prison, Michel Lecorre, qui ne peut pas identifier les gardes qui font partie de cette « brigade de fiers-à-bras », car leurs collègues hésitent à les dénoncer! La situation est jugée assez sérieuse pour que le ministre de la justice, Lionel Chevrier, s’en mêle[8]. En 1965, un autre ministre de la justice, Guy Favreau, affirme qu’il aurait bien « mis une bombe sous la prison de Saint-Vincent-de-Paul, afin de pouvoir construire une nouvelle institution sans tarder. »[9] En 1966, le commissaire McLeod le qualifie de « dix fois pire » que « les autres pénitenciers du Canada »[10]. L’ouverture de l’USC en 1968 n’arrange rien, même si le rapport annuel de l’administration prétend que cette nouveauté a « engendré une réaction très positive de la part des détenus »[11]. L’année suivante, on suspecte que des bonbonnes de gaz aient été installées dans les cellules afin de les « calmer »[12].
En 1965, un autre ministre de la justice, Guy Favreau, affirme qu’il aurait bien « mis une bombe sous la prison de Saint-Vincent-de-Paul, afin de pouvoir construire une nouvelle institution sans tarder. »
En 1971, on annonce finalement sa fermeture prochaine, « d’ici trois ou quatre ans », selon le solliciteur général du Canada, Jean-Pierre Goyer[13]. À l’époque, c’est notamment le taux de suicide inquiétant des détenus de la section psychiatrique qui préoccupe les autorités[14], et également au moins un incident mortel pendant un incendie de cellule[15]. Malgré tout, il faudra attendre plusieurs décennies avant que la promesse ne soit finalement tenue, car le projet de fermeture avorte en raison de la surpopulation carcérale. De vieilles cellules désaffectées sont même remises en service au cours des années soixante-dix[16]. Et cette attente provoque d’importantes protestations : en 1978, notamment, l’Office des droits des détenus et La Ligue des droits de l’Homme organisent une manifestation pour condamner les conditions d’incarcération exécrables[17].
Mesrine mise abondamment sur cette mauvaise réputation pour politiser son évasion. Peu après sa fuite, il envoie un message au Journal de Montréal. Il y fait état de l’existence d’une « chambre à gaz » dans laquelle on enferme parfois les détenus indisciplinés, avant d’y répandre des substances lacrymogènes[18]. Un récit qui confirme les craintes formulées en 1969. Cette mauvaise publicité met l’administration dans l’embarras, et toutes les opinions formulées à l’époque ne sont pas absolument insensibles au sort des fugitifs. Les conditions de détention apparaissent si mauvaises à Me Pierre Cloutier, de la Commune juridique de Montréal, qu’il ira jusqu’à dire que les détenus « qui se sont évadés du bunker à sécurité maximale avaient le devoir moral de fuir un pareil enfer »[19].
Le Pénitencier de Saint-Vincent-de-Paul n’est définitivement fermé qu’en 1989. En 1990, il est désigné Lieu Historique National. Bien que le site gagnerait à être mieux préservé, il a laissé une trace indélébile dans l’esprit de tous ceux qui y ont été détenus et qui sont parvenus à en sortir, par la grande porte à l’échéance de leur peine ou bien avant, en « sautant » les murs. Il reste également un repère historique et physique incontournable pour la population du quartier.
Image : L’une des cellules sèches « bucket » en usage de 1873 jusqu’à la fin des années soixante. (Journal The Standard, 1948). Livret commémoratif de la fermeture du pénitencier Saint-Vincent-de-Paul, 1873-1989. Gouvernement du Canada, 1989, p. 11.
[1] André Forget. Petite histoire du pénitencier de Saint-Vincent-de-Paul. Laval, SHGIJ, 2004, p. 52.
[2] Léopold Lizotte. « Un témoin s’excuse auprès d’un accusé 30 minutes après l’avoir inculpé de hold-up ». La Presse, 27 janvier 1973, p. B7.
[3] « Trois des cinq évadés capturés à Longueuil ». Le Devoir, 19 mai 1973, p. 1.
[4] C’est notamment le cas de Réal Dupuis, de Roger Poirier et de Louis-Philippe Chamberland, dont nous avons parlé un peu plus tôt.
[6] Il s’agit de la Commission Archambault. Elle dénonce entre autres le « climat de crainte perpétuelle » et les 350 cellules dépourvues d’installations sanitaires. « 115 ans d’histoire d’un coup d’œil ». Entre nous, service correctionnel du Canada, juin 1989, p. 7. Et Charles Meunier. « La fin des prisons? Les criminologues l’ont constaté : les prisons constituent de véritables manufactures de criminels en série. Que faire? » Québec Science, avril 1976, p. 34.
[7] La deuxième d’importance dans la décennie. Celle de 1960 aurait engendré des coûts de 1 million de dollars. Guy Deshaies. « Saint-Vincent-de-Paul n’accueillera plus de nouveaux détenus ». Le Devoir, 18 mars 1971, p. 3.
[8] « M. Chevrier : des mesures sont prises pour éviter des actes de brutalité dans les prisons. » Le Devoir, 31 octobre 1963, p. 14.
[9] « Favreau s’oppose à la peine capitale ». La Presse, 23 février 1965.
[10] « 115 ans d’histoire d’un coup d’œil ». Entre nous, service correctionnel du Canada, juin 1989, p. 17.
[12] C’est Robert Deslauriers, adjoint au directeur des recherches de l’Alliance de la fonction publique du Canada, qui l’affirme. McLeod qualifie les allégations de « ridicules ». PC. « Des gaz calmants utilisés contre les prisonniers de Saint-Vincent-de-Paul? » La Presse, 16 décembre 1969, p. 1.
[13] Guy Deshaies. « Saint-Vincent-de-Paul n’accueillera plus de nouveaux détenus ». Le Devoir, 18 mars 1971, p. 3. L’année suivante, les suicides devaient se poursuivre au pénitencier. James Coles, 22 ans, et Andrew Michael Marciniak, 20 ans, notamment, se pendent dans leur cellule (respectivement le 2 et le 5 décembre 1972). « Marciniak trouvé pendu dans sa cellule de St-Vincent-de-Paul ». Le Soleil, 7 décembre 1972, p. 65.
[17] « Manifestation pour fermer Saint-Vincent-de-Paul. » La Presse, 11 juillet 1978, p. D11.
[18] « Ottawa décrète ». La Presse, 14 mai 1973, p. A6.
[19] « Protestations contre les conditions de détention à Saint-Vincent-de-Paul » La Presse, 23 août 1972, p. A8.
Par Guillaume Bouchard Labonté - 8 janvier 2018
Depuis un bon moment déjà, un « contrat de l’institutrice » qui daterait de 1923 circule sur Facebook et certains sites web. Est-ce un document authentique? On en doute.
Le contrat contient une liste d’interdictions assez strictes : l’institutrice n’aurait pas le droit de se marier, de fréquenter un homme, de fumer ni même de « traîner » au bar laitier! Ces instructions nous semblent choquantes aujourd’hui, et la popularité du texte le montre très bien.
Mais s’agit-il d’un vrai contrat? Absolument pas.
Le document peut paraître authentique au premier coup d’œil : le papier est sali et semble jauni par le temps. Mais un simple examen de surface peut déjà nous mettre la puce à l’oreille. La fonte de caractères et la mise en page paraissent par exemple un peu modernes pour 1923. Le texte contient également quelques bizarreries. Pourquoi, par exemple, avoir laissé des espaces blancs (qui sont d’ailleurs minuscules) pour le nom de l’école, alors que l’année et le salaire sont fixes? Qui produirait théoriquement ce document? Les commissaires? L’inspecteur? Le Surintendant de l’Instruction publique? A priori, il est impossible de le deviner, car le « contrat » ne porte aucune mention autre que « Le Conseil de l’Éducation ».
Le « contrat » ne prévoit non plus aucun espace pour la signature des commettants. Voilà qui est quand même suspect! Une petite recherche sur le web nous a permis de conclure qu’il s’agit en fait d’une traduction d’un texte original en anglais. Radio-Canada est arrivé aux mêmes conclusions.
Le document n’est pas authentique, c’est manifeste. Mais est-il crédible sur le plan historique? Décrit-il avec justesse les tâches qu’on exigeait des institutrices québécoises des années 1920? Oui… et non. En fouillant au centre de documentation de la SHGIJ et dans nos archives, nous avons retrouvé quelques vraies copies de contrats du même genre, datant de 1842 à 1918. Passons donc en revue certains des points mentionnés et comparons.
Durée du contrat et salaire
Dans le Québec des années 1920, les termes d’un contrat entre un syndic d’école ou des commissaires et une enseignante sont réglementés par le Code Scolaire. Et cette loi a des spécifications qui contredisent les termes du document. Par exemple, l’année scolaire débute le 1er juillet et se termine le 30 juin suivant. Généralement, on fait aussi mention du salaire annuel. Ici, l’année scolaire dure huit mois et on ne précise pas si le salaire continuera d’être versé au cours de l’été.
En admettant que l’institutrice reçoive huit mois de salaire, elle gagnera en tout 600$. Un montant qui paraît famélique aujourd’hui. Mais pour 1923, ce n’est pas exceptionnel. Le salaire moyen des Canadiennes est alors d’environ 577$, contre 920$ pour les Canadiens. Or, on sait que les institutrices de l’époque étaient sous-payées, même en les comparant aux autres travailleuses. Une réalité qui était déjà condamnée à l’époque![1] Et qu’est-ce exactement qu’un « Conseil de l’éducation »? Les documents du Québec francophone des années 1920 n’utilisent jamais cette expression pour parler de l’assemblée des commissaires. Il semble qu’on ait affaire ici à une très mauvaise traduction de l’anglais « Board of education ».
Dans le Québec des années 1920, les termes d’un contrat entre un syndic d’école ou des commissaires et une enseignante sont réglementés par le Code Scolaire. Et cette loi a des spécifications qui contredisent les termes du document qui circule actuellement sur Facebook.
À titre de comparaison, le contrat que Wilda Larose signe avec la Municipalité scolaire Côte des Lacasse à Sainte-Rose en 1918 (à gauche) prévoit un salaire annuel de 250$, en plus de la remise du fond de pension. C’est malheureusement nettement plus représentatif du salaire d’une institutrice en milieu rural[2]. En outre, on y trouve la date exacte et la signature du secrétaire des commissaires, en plus de celle de Wilda Larose.
Le célibat des institutrices et leur moralité
La première condition du faux contrat est sans appel : « I. Ne pas se marier, sans quoi le présent contrat sera annulé sur-le-champ. » Est-ce crédible ou non ? Selon les historiennes Micheline Dumont et Andrée Dufour, les institutrices québécoises du début du siècle qui souhaitaient se marier ne pouvaient généralement pas conserver leur emploi[3]. Mais cette règle n’est pas appliquée dans toutes les régions, ni à toutes les époques. En 1891, il y a par exemple encore 10% de femmes mariées parmi les institutrices[4]. La règle est appliquée de plus en plus rigoureusement au début du XXe siècle et surtout en milieu urbain. Dans plusieurs écoles du Québec, il faut attendre les années trente pour que des femmes mariées puissent à nouveau enseigner aux enfants[5]. Une lettre du Surintendant de l’Instruction publique, en 1932, confirme que la flexibilité est de retour : il y affirme à un curé que « le mariage ne rompt pas l’engagement de l’institutrice »[6]. Cette condition ne vaut évidemment que pour les femmes. Un instituteur qui prend épouse est rarement ennuyé. Il peut au contraire compter sur une augmentation de salaire[7].
Le Code scolaire prévoit une révocation du brevet aux institutrices et aux instituteurs qui adoptent un comportement immoral. Bien évidemment, fréquenter un homme hors mariage est un exemple typique de comportement immoral dans le Québec des années 1920. La condition II « Ne pas fréquenter d’hommes » correspond donc tout à fait aux normes sociales de l’époque. En revanche, la directive VIII, « ne pas monter dans une voiture avec un homme autre que son frère ou son père » nous semble légèrement abusive. Toutefois, cette accusation peut faire partie d’un tout plus scandaleux, comme dans le cas de Séraphine Perreault, enseignante à Grondines, qui aurait passé une soirée de 1888 à se promener en voiture avec un homme qu’elle aurait ensuite invité dans la maison d’école[8]. Notons que l’interdiction de recevoir des invités dans le logis de fonction peut faire l’objet d’une clause de contrat à cette époque[9]. Mais pour éviter les comportements subversifs, les commissaires exigeaient avant tout un certificat de moralité[10]. Le contrôle social se faisait souvent bien plus en amont.
Consommation d’alcool
En 1873, un curé porte plainte contre un instituteur de L’Anse-au-Griffon qui aurait eu l’habitude de lever le coude un peu trop haut[11]. Quand elle est prouvée, cette allégation peut mener à des conséquences graves, puisque la loi stipule clairement que l’ivrognerie doit entraîner la révocation du brevet[12]! La consommation d’alcool, sans être absolument proscrite, ne doit pas être abusive. La condition VII, « ne pas boire de bière, de whisky ou de vin » est donc à prendre avec un grain de sel. Dans le climat prohibitionniste nord-américain des années 20, elle apparaît tout à fait à propos. Or, le Québec de l’époque est plus « tempérant » que prohibitionniste[13]. Fréquenter un débit de boisson, même légal, semble cependant hors de question pendant longtemps pour l’institutrice[14].
Entretien de l’école
Le Code Scolaire ne prévoit pas, contrairement à la condition XIII du contrat, un nettoyage en profondeur du plancher à chaque semaine, mais bien à tous les deux mois. Le balai doit être passé, lui, quotidiennement. Il est également spécifié que le poêle doit être chauffé jusqu’à ce que la salle de classe atteigne une température de 65 degrés Fahrenheit[15]. En saison froide, le feu doit être allumé une heure avant le début des classes[16]. Malgré tout, les « commissaires et les syndics d’écoles […] ne pourront jamais exiger ces travaux des instituteurs et institutrices »![17] On doute que les commissaires aient tous été dissuadés par ce paragraphe de la loi, surtout en milieu rural. Mais cette précision vient certainement nuancer la sévérité des prescriptions précédentes.
Il est à noter que le bois de chauffage, dans les écoles de rang, n’est pas toujours fourni gratuitement. Assez souvent, l’institutrice doit se le procurer elle-même.
Le bar laitier
Le « bar laitier » était l’endroit parfait pour flirter. Y « traîner » régulièrement ne semble donc pas un comportement approprié pour une institutrice des années 1920. Mais il y a un hic : les « bars laitiers » n’existaient pas encore en 1923! Au Québec, l’expression a été traduite de l’anglais « milk bar » au milieu des années trente[18]. Le phénomène a surtout pris de l’ampleur dans les années quarante et cinquante. Notez que la version anglaise du contrat utilise plutôt l’expression « ice cream store », plus prudente et ambiguë.
Conclusion
Dans le contrat (authentique) de Wilda Larose, on ne fait pas mention de conditions spéciales. Le vocabulaire, à quelques exceptions près, est calqué sur les normes gouvernementales. Le contrat authentique semble donc bien plus ennuyant que le faux; pas étonnant qu’un document de ce genre ne devienne pas viral sur Facebook... Mais surtout, on n’y fait qu’indirectement mention du comportement idéal de l’enseignante. On y réfère à « l’engagement de l’instituteur », au 19e paragraphe du Code Scolaire. Cet « engagement » sert de modèle de contrat pendant plus d’un demi-siècle, et sur la plupart des exemplaires retrouvés, on en déroge assez peu : on ajoute une ou deux précisions, tout au plus, qui sont parfois sévères mais loin d’être aussi terribles que la somme des conditions du faux contrat mentionné plus tôt. Le Code Scolaire ne prévoit à l’époque aucun salaire fixe[19], et une bonne partie des règles les plus spécifiques sont déterminées par les commissaires à l’échelle de la municipalité scolaire, ou par le curé local, qui pouvait réunir les institutrices de la paroisse et leur donner des directives sur, par exemple, la longueur de leurs jupes[20]. Quelques décennies avant l’application de normes gouvernementales dans la rédaction de contrats d’embauche d’enseignantes, on peut d’ailleurs préciser que « l’institutrice devra se conformer aux avis et direction dudit curé dans la manière d’enseigner et dans le gouvernement de ladite école »[21]. On laisse donc la création d’une bonne partie des règles à l’arbitraire des autorités locales, et celles-ci peuvent varier énormément.
Au début du siècle, on assume que l’institutrice formée à l’école normale[22] et détenant son brevet sait déjà comment bien se tenir. Les manuels pédagogiques de l’époque, tels que le Traité de pédagogie théorique et pratique de Mgr François-Xavier Ross, donnent d’ailleurs de sévères recommandations morales aux futures institutrices. Elles concernent tant la piété religieuse que l’habillement[23].
Comme en témoigne cet autre exemple de 1888[24] (à gauche), tous les contrats n’étaient pas entièrement rédigés à la main comme celui de Wilda Larose. Les règles changent également selon la provenance géographique et la confession religieuse. Le contrat d’embauche d’une institutrice du Missouri n’avait pas grand-chose à voir avec celui que devait signer son homologue de Rimouski. Au Québec, celui d’une institutrice anglophone protestante de Montréal pouvait également comporter des différences notables : son salaire risquait par exemple d'être plus élevé[25].
Le contrat d’institutrice de 1923 comporte quelques détails qui ne sont pas représentatifs de l’époque. Et il suffit d’un seul anachronisme pour démasquer un faux! Toutefois, comme on l’a vu, ce contrat n’est pas totalement farfelu. Voilà pourquoi, sans doute, tant de personnes sont tombées dans le panneau.
[1] Notamment dans le journal L’Enseignement Primaire : « En 1918-19, il y avait encore 2619 institutrices qui ne recevaient que de 150$ à 200$. En ne payant que 15, 17 ou 18 piastres par mois, les commissaires d’écoles commettent une erreur profonde. Ce sont ces salaires pitoyables qui sont la cause principale du changement fréquent des institutrices […] » (Avril 1920, p. 451.)
[2] Selon Antoine Dessane, officier d’Instruction publique, la moyenne du salaire annuel d’une institutrice québécoise catholique était de 327$ en 1923. (Antoine Dessane. « L’enseignement est-il une carrière? » L’Enseignement primaire, octobre 1927, p. 74.
[11] Ministère de l’Éducation du Québec. Une histoire de l’Éducation au Québec. 25 ans d’essor en éducation. 1989, p. 36.
[12] Au paragraphe 57 section II, dans la version du Code de 1899. Le paragraphe est modifié au cours du XXe siècle, et la mention « ivrognerie » n’est plus présente dans la version de 1950. La loi prévoit en outre qu’à la demande de l’instituteur/trice déchû-e, le brevet peut être accordé de nouveau après deux ans de bonne conduite. Seule la deuxième révocation est finale.
[13] La Commission des Liqueurs est créée en 1921 au Québec.
[18] Un article du Bulletin des agriculteurs datant de 1935 traite le phénomène des « bars laitiers » comme une nouveauté autant qu’une curiosité. « Une solution à la crise laitière? » Le Bulletin des agriculteurs, 29 mai 1935, p. 1. La crème glacée, quant à elle, existait déjà au XIXe siècle.
[19] Les commissions scolaires peuvent toutefois imposer un cadre, comme un salaire minimum et maximum.
[21]Contrat d’engagement de Marie-Christine Constantin comme institutrice, 9 septembre 1842. Greffe du notaire Germain Césaire, M01M-620-1311-251.
[22] C.J. Magnan. À propos d’instruction obligatoire. La situation scolaire dans la province de Québec. Québec, L’action sociale, 1919, p. 81
[23] Réal Boucher. « Quelques indicateurs des pratiques pédagogiques d’autrefois » Revue des sicences de l’éducation, volume 15, numéro 3, 1989, p. 336.
-Chef Gauthier à Mesrine, lors de son incarcération.
Condamné pour attaque à main armée, le criminel d’origine française Jacques Mesrine est détenu au Québec pendant plus d’un an. L’expérience lavalloise du célèbre bandit est racontée dans L’instinct de mort, qu’il écrit quelques années plus tard et qui détaille (tout en exagérant peut-être un peu) plusieurs des épisodes les plus agités de sa vie.
Mesrine est temporairement enfermé à la prison de Sainte-Anne-des-Plaines, où il ne semble couver qu’un seul projet : s’évader. Malheureusement pour lui, trois de ses co-détenus éxécutent avec succès et avant lui un plan similaire au sien. On enquête et on découvre la cachette utilisée par un des fugitifs, Jean-Paul Mercier, un habitué des évasions de prisons à sécurité maximale[1]. Toutes les cellules sont donc fouillées. Trois couteaux, un crochet et une corde sont trouvés dans le châssis d’éclairage de la cellule de Mesrine.
L’USC de Laval
Mesrine est bientôt transféré à l’USC : l’Unité Spéciale Correctionnelle, annexée au pénitencier de Saint-Vincent-de-Paul. C’est un séjour pénible. Les gardes y sont connus pour leurs abus, les cellules sont dépourvues de fenêtres et éclairées 24 heures sur 24. Le moindre écart de conduite est puni sévèrement. Dans ses mémoires, Mesrine raconte que le chef de la sécurité, Gauthier, aurait lancé à un autre prisonnier : « L’USC, c’est un cimetière à détenus et je t’y ferai crever. » À l’époque, la vieille aile du pénitencier de Saint-Vincent-de-Paul est déjà une installation vétuste. Elle a très mauvaise réputation : nous y reviendrons. L’USC, quant à elle, est un édifice bien plus moderne qui n’accueille ses premiers pensionnaires qu’en 1968[2]. Dans le premier article de notre série sur les évasions du pénitencier de Saint-Vincent-de-Paul, nous avons mentionné que plus de 20 tentatives d’évasions avaient eu lieu en 1883[3]. Un siècle plus tard, à l’USC, la situation est légèrement différente. C’est là qu’on enferme une bonne partie des spécialistes de l’évasion, justement pour les empêcher de récidiver. Quelques détenus parviennent toutefois à sortir de l’enceinte. C’est le cas de quatre d’entre eux[4], dont Réal Dupuis, à l’été 1969. Ce dernier est recapturé près des murs de la prison après seulement vingt minutes de liberté[5]. Un autre trio prend la fuite en 1971, mais il est également neutralisé[6]. Les chances de succès de Mesrine semblent donc a priori assez faibles.
Le 21 août 1972, avec la complicité de plusieurs autres détenus et profitant de la négligence des gardiens postés sur les miradors, six détenus parviennent à s’enfuir en sciant les deux clôtures de l’enceinte.
Le plan de Mesrine et de ses compères
Mesrine passe deux mois à faire du repérage avec son premier complice, Edgar Roussel. Ils ne parviennent pas à élaborer de plan avant que d’autres compères, dont Jean-Paul Mercier, ne soient repris et les rejoignent à l'USC. Les conditions de détention difficiles et la soif de liberté incitent le petit groupe à poursuivre leur réflexion. Et c’est en pensant au terrain de tennis en terre battue qui a été aménagé au milieu de la cour de la prison que la faille est découverte. On y utilise en effet des raquettes de bois artisanales, créées à l’atelier de menuiserie où on fait travailler les détenus. Mesrine et Mercier seraient parvenus à cacher des limes dans le manche de nouvelles raquettes qu’ils ont confectionnées pour remplacer les anciennes, et les auraient fait sortir de l’atelier par le chef Gauthier lui-même.
Le 21 août 1972, avec la complicité de plusieurs autres détenus et profitant de la négligence des gardiens postés sur les miradors, six détenus parviennent donc à s’enfuir en limant les deux clotûres de l’enceinte. Ils rampent sur plus de 150 mètres avant d’atteindre un bosquet. Ils se mettent ensuite à courir, gagnent la route. Mercier et Mesrine, qui sont du groupe, prennent deux automobilistes en otage[7] et traversent la rivière des Prairies. Ils sont enfin libres.
Le duo Mercier-Mesrine attaque le pénitencier
On pourrait croire que les fugitifs auraient tout fait, dès lors, pour quitter le pays. Le surlendemain de leur évasion, on cherche d’ailleurs Mercier et Mesrine jusqu’au Nouveau-Brunswick[8]. Ils obtiennent en outre des faux passeports, remis au vu et au su de la police dans l’objectif de favoriser leur capture[9]. Mais Mesrine et son complice n’ont pas l’intention de partir tout de suite. Car ils ont fait une promesse à leurs amis restés derrière : ils reviendraient pour les libérer. L’attaque[10] méticuleusement organisée est toutefois un désastre. Alors que leur Dodge passe devant le pénitencier de Saint-Vincent-de-Paul, au cours de l’après-midi du dimanche 3 septembre 1972, ils sont repérés par une autopatrouille. Plutôt que de filer immédiatement, les deux hommes armés de carabines semi-automatiques USM1[11] échangent des coups de feu avec les policiers Viau et Morin[12].
Les gardiens se mettent alors de la partie. L’un d’eux, armé d’une .303, tire sur les deux criminels à partir d’un mirador[13]. Mercier est atteint de deux projectiles : un à la jambe et l’autre au bras. La Dodge est criblée de balles. Reconnaissant l’échec de leur tentative, ils rejoignent une autre complice, qui les attend à bord d'un autre véhicule, et disparaissent. Mesrine, de retour en France, ne sera recapturé qu’en mars 1973[14]. Ce ne sera pas sa dernière cavale. Pour Mercier non plus. Ce dernier devait s’enfuir une deuxième fois de l’USC le 13 mai 1973 avec quatre autres détenus[15], et une dernière fois du même pénitencier le 23 octobre 1974 en compagnie de Richard Blass[16].
[1] « Deux clients de « la passoire » ont failli s’évader lundi soir ». Le Soleil, 30 septembre 1971, p. 13.
[2] Michel Auger. « Quelques minutes de liberté pour trois détenus de Saint-Vincent. » La Presse, 20 septembre 1971, p. A3.
[3] Dans les années 1960, l’hémorragie se poursuit. Le célèbre Lucien Rivard, entre autres, s’évade de Saint-Vincent-de-Paul en 1965 après qu’on lui ait permis d’arroser la patinoire, et Yves Geoffroy en 1972 après avoir obtenu la permission de sortir temporairement pour marier sa fiancée. « Diefenbaker réclame la démission de Goyer ». Le Devoir, 15 janvier 1972, p. 1. Juste après l’évasion de Mesrine et de ses compagnons, plusieurs autres détenus parviennent à s’enfuir de l’Institut Leclerc, attenant à l’USC. « Évasion » La Presse, 30 octobre 1972, p. A6.
[4] Michel Auger. « Quelques minutes de liberté pour trois détenus de Saint-Vincent. » La Presse, 20 septembre 1971, p. A3.
[5] « Évadé vite repris ». La Presse, 23 juillet 1969, p. 6.
[6] Michel Auger. « Quelques minutes de liberté pour trois détenus de Saint-Vincent. » La Presse, 20 septembre 1971, p. A3.
[7] Une partie de ce récit est racontée dans les médias en janvier 1973. Les faits racontés dans la comparution d’Imbeault semblent concorder assez bien avec le récit qu’en fait Mesrine, moins quelques détails. Léopold Lizotte. « Un témoin s’excuse auprès d’un accusé 30 minutes après l’avoir inculpé de hold-up ». La Presse, 27 janvier 1973, p. B7.
[8] Jos.-L. Hardy. « Les auteurs d’un hold-up au N-B : trois des évadés? » Le Soleil, 23 août 1972, p. 2.
[9] « Les passeports de Mesrine et de Mercier ont été émis à la demande de la Sûreté du Québec et de la GRC (Sharp et Goyer). » Le Soleil, 18 novembre 1972, p. 9.
[10] Elle est globalement beaucoup moins commentée que l’évasion. Louis-Bernard Robitaille ne lui consacre qu’une ligne, par exemple, dans son long article de 1978 dans La Presse. « Mesrine, monstre ou héros du mal? » La Presse, 3 novembre 1979, p. F28.
[11] Une arme de petit calibre utilisée depuis les années 1940.
[12] « Deux policiers mitraillés près du pénitencier ». Le Courrier Laval, 6 septembre 1972, p. 4.
[14] « Mesrine capturé en France ». La Presse, 9 mars 1973, p. A3.
[15] François Trépanier. « La Sûreté du Québec avait alerté les gardiens de Mercier ». La Presse, 15 mai 1973, p. A1. Et « Ottawa décrète une enquête sur les multiples évasions ». La Presse, 14 mai 1973, p. 1.
[16] « Mercier, Blass et compères s’évadent grâce à une amie qui leur passe des armes ». Le Devoir, 24 octobre 1974, p. 6.
Images : La Presse, 22 août 1972, p. A3. Auto-patrouille 10-1 après avoir essuyé les rafales. Le Courrier Laval, mercredi 6 septembre 1972, p. 4.
Téléphone : 450 661-0908 Général - archiviste.cal@gmail.com Direction - cal.shgij@gmail.com
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