Petite histoire des évasions au pénitencier de Saint-Vincent-de-Paul - 
Première partie, 1880-1958.

Par Guillaume Bouchard Labonté - 16 octobre 2017

« Aujourd’hui, ces édifices immenses remplis de milliers de détenus, les grands champs déserts qui les entourent, le grand nombre de gardes et d’officiers qui y circulent, tout cela donne à Saint-Vincent une atmosphère de tristesse. »

- J.-Urgel Demers. Aperçus historiques sur l’île Jésus. Montréal, L’Atelier, 1957, p. 139.

Le Pénitencier de Saint-Vincent-de-Paul n’avait rien à voir avec Alcatraz, sinon le désir qu’avaient beaucoup de détenus de s’en échapper. Et pour un nombre impressionnant d’entre eux, ce n’était pas que de simples rêveries. Saint-Vincent-de-Paul reste marquée par de spectaculaires tentatives d’évasion.

Le Pénitencier de Saint-Vincent-de-Paul, dès sa création, vise tant la punition que la « rééducation ». Il ne faut cependant pas se leurrer: derrière les nobles intentions se cache une exploitation sans scrupules travail des détenus. Mais on fournit aussi à ceux-ci des outils, et on les fait souvent travailler en périphérie. Selon ce qu’on en raconte, les gardiens ne sont pas non plus d’une vigilance à toute épreuve, et au début des années 1880, les accès d'une partie de l’ouest de l'enceinte sont défendus par une « palissade » de bois. Le nombre élevé de disparitions n’est donc pas particulièrement étonnant. Selon André Forget, « l’année 1883 peut être considérée comme une année record avec vingt tentatives d’évasion, dont cinq réussies. »[1] Quelque part entre 1875 et 1881, cinq détenus parviennent aussi à s’évader. Ils sont audacieux : ils attaquent un mécanicien et des gardes, qu’ils désarment et ligotent. Sous le regard ahuri d’une partie de la population de Saint-Vincent-de-Paul et des gardiens, ils traversent ensuite la rivière des Prairies à l’aide d’une embarcation. Attendus de l’autre côté, ils profitent néanmoins du couvert de la nuit pour disparaître : seul l’un d’entre eux est repris[2].

Source : Denise Labrecque

Les détenus peuvent tenter de profiter du désordre pour s'évader. Très tôt, la population carcérale de Saint-Vincent-de-Paul fait trembler les murs qui la retient, et tout particulièrement en 1886. Lors d’une émeute commentée notamment dans La Patrie, plusieurs prisonniers tentent le tout pour le tout : ils confectionnent d’urgence une échelle de fortune et gravissent un des murs de la prison. Nous aurons d’autres occasions de parler spécifiquement de l’histoire des émeutes de Saint-Vincent-de-Paul. Disons donc simplement que l’émeute a réussi, mais pas l’évasion ; un des leaders, Corriveau, est atteint de plusieurs balles au moment où il essaie de pratiquer une ouverture dans la palissade, et l’échelle n’a pas donné de bien meilleurs résultats. Corriveau meurt de ses blessures. Louis Viau, un des fugitifs, est jugé et écope d’une peine supplémentaire de 25 ans[3].

Ce n’est que le début d’une longue tradition. En 1904, Louis Eumène et son compagnon Filiatreault s’enfuient[4]. La même année, un autre duo s’évade : Daniel Glass et J.E. Britt. Ils sont tous capturés. Le procès de Glass a lieu en 1909 alors que Britt, ce « redoutable bandit », est emprisonné au New Jersey[5]. En 1905, trois autres détenus parviennent à s’échapper du pénitencier[6].

Lors d’une émeute commentée notamment dans La Patrie, plusieurs prisonniers tentent le tout pour le tout : ils confectionnent d’urgence une échelle de fortune et gravissent un des murs de la prison.

Il semble y avoir moins d’évasions éclatantes dans les décennies suivantes. Ou du moins, elles font plus rarement les manchettes. Forget met l’apparente diminution des évasions sur le compte de l’adoption du Civil Service Amendment Act en 1908[7]. Tout de même : en 1915, Lucien Leclair tente le coup, sans succès. Il est blessé et repris. Le Devoir annonce qu’il avait quelques complices : l’un d’eux était Ismaël Bourret, emprisonné à vie pour le meurtre d’un policier[8]. En 1917, un dénommé Burns, condamné pour vol, file à l’anglaise. On lance des recherches qui restent infructueuses[9]. En 1921, c’est au tour de John Bryson de se faire la malle[10]. William Edwards, l’année suivante, fait la prison buissionnière : alors qu’il est employé à creuser une tranchée, une tâche particulièrement pénible, il trompe l’attention des gardes et saute la clôture. Il profite de ses instants de liberté pour assister à une danse à Kahnawake. Repris à Saint-Régis, il déclare que « la tentation de prendre la fuite était tellement grande qu’il n’avait pas pu y résister »[11]. Jules Lagacé, qui devait accumuler trente ans de récidives, réussit quelques années plus tard à passer entre les mailles du filet[12]. En 1923, deux autres détenus faussent compagnie à leur gardien et s’emparent d’un canot, qu’ils manoeuvrent avec des pelles. Malgré la nature improvisée de leur acte, le dangereux courant de la rivière et la pluie de balles, William G. Macdonald et John Clark « disparaissent derrière les maisons de Montréal-Nord. »[13] Quatre hommes planifient beaucoup mieux leur évasion en 1945 : c’est avec de l’argent et des vêtements civils qu’ils prennent la clef des champs avant d’être retrouvés cachés dans une grange, sous une botte de foin[14]. Gaston Martel, lui, compte sur le soutien de plusieurs complices : après avoir pris la poudre d’escampette, il se réfugie chez des habitants du coin. Trois femmes et deux hommes – qui font mine de ne pas reconnaître le fugitif – sont mis aux arrêts suite à cette affaire, accusés d’avoir aidé Martel et/ou d’avoir menti sous serment[15].

Source : Denise Labrecque P80-A1-013

Si la sécurité est graduellement renforcée, les gardiens mieux formés et le « panoptique »[16] refermé hermétiquement, quelques nouvelles évasions (et parmi les plus célèbres de l’histoire du Québec) ont cependant eu lieu dans les décennies soixante et soixante-dix au pénitencier de Saint-Vincent-de-Paul. Mais elles méritent beaucoup plus qu’une simple mention. Nous leur consacrerons donc un article en entier, prochainement.

Lire la deuxième partie


[1] André Forget. Petite histoire du pénitencier de Saint-Vincent-de-Paul. Laval, SHGIJ, 2004, p. 52.

[2] Ibid, p. 52.

[3] « Le procès de Viau ». La Patrie, 11 juin 1886, p. 2.

[4] « De partout ». Le Courrier de Saint-Hyacinthe, 14 mai 1904, p. 2.

[5] « À propos du terme de mai des assises criminelles à Saint-Jean. » Le Canada français (Saint-Jean-sur-le-Richelieu). 16 avril 1909, p. 16.

[6] « Journalisme progressif », La Vérité, avril 1905.

[7] Forget, op. cit. 2004, p. 52.

[8] « Bourret était du complot ». Le Devoir, 23 avril 1915, p. 6.

[9] « Évasion à St-Vincent-de-Paul ». Le Devoir, 14 juillet 1917, p. 3.

[10] « Une évasion ». Le Devoir, 31 octobre 1921, p. 5.

[11] « W. Edwards retourne au pénitencier ». La Presse, 21 août 1922, p. 16.

[12] « Lagacé est accusé de vol à main armée et de tentative de meurtre ; enquête le 18. » La Presse, 11 mars 1958, p. 3. Son évasion date du 1er août 1930.

[13] « Évasion au pénitencier ». Le Devoir, 22 mai 1923, p. 2

[14] « Quatre évadés repris à Saint-Vincent-de-Paul ». Le Devoir, 3 août 1945, p. 2.

[15] « Témoins envoyés aux cellules, au procès des Cusson. » La Presse, 2 novembre 1956.

[16] Philosophie d’organisation carcérale et type architectural qui permet notamment aux gardiens de tout voir sans être vus, et qui doit en principe donner l’impression au détenu que le moindre de ses gestes est surveillé par une force quasi-invisible. À l’origine un concept de prison circulaire élaboré par Jeremy Bentham, Foucault le caractérise plus globalement commme un système de contrôle social pouvant s’appliquer autant à la prison qu’à l’école et l’usine.

Par Guillaume Bouchard Labonté

4 octobre 2017

Montréal, été 1967. L’été de l’Expo bien sûr, mais aussi celui de l’ouverture du Club Playboy. Le premier gérant, Tony Roma, devait multiplier les évènements promotionnels dans les mois précédant et suivant l’inauguration. Les « bunnies », elles, ne sont pas sous secret : elles sont au contraire fortement médiatisées. On les voit notamment aux courses de chevaux[1], on annonce une campagne de recrutement dans le journal[2] et on en entend même une (démissionnaire) raconter son expérience sur les ondes de la radio d’État[3]! Entre quarante et soixante femmes ont été embauchées avant la soirée d’ouverture du 14 juillet. Pour éviter les débordements, on a établi des règles assez strictes concernant leur comportement : « ne jamais se mêler aux invités et aux clients! Défense de sortir avec eux! Photos? Danse? Oui, mais… sans contact physique! »[4]

Leur « « patron », le « boss » est une divinité à part, qu’il ne faut ni déranger, ni ni rendre trop proche au commun du mortel.[5] » C’est ainsi qu’Alain Raymond décrit Hugh Hefner en 1968. Sa manière de se comporter à Montréal le confirme. Lors de sa visite à l’Expo 67, il « fait une plus ou moins sainte colère » : c’est qu’on a fait l’erreur de lui refuser l’accès à la salle de repos de la presse sous prétexte qu’il n’a pas d’accréditation[6]. Et il a l’habitude d’être traité comme un prince. Lorsqu’il descend de l’avion, le jour de l’ouverture de son nouveau club de la rue Aylmer, il est accueilli en grande pompe, notamment par ses nouvelles employées en uniforme, la musique des Classels et une foule de journalistes. Couvert des baisers de ses nouvelles bunnies, il commente : «This is a kissy, kissy city! »[7]. Dans la conférence de presse qui suit, et où on parle de politique (car Hugh Hefner est alors reconnu pour son appui aux progressistes), il explique qu’il a choisi d’installer son nouveau club à Montréal en raison du rayonnement de l’Expo, mais aussi parce que la ville est « très sophistiquée »[8]. On boit littéralement ses paroles.

Les profits de l’inauguration du club vont directement à l’Association canadienne contre la dystrophie musculaire[9]. Dans les mois suivants, un grand nombre d'artistes y donnent des performances mémorables. On y entend le blues de Margie Day[10], le jazz de Clea Bradford[11], mais aussi Claude Valade et Pierre Lebon, qui sont les premiers artistes canadiens à s'y produire. La popularité du Club Playboy est incroyable : il compte 13 000 membres à la fin du mois d'août déjà, dont des personnalités publiques comme Pierre Lalonde[12]! Un photographe, Jean-Claude Gagné, s’est rendu à quelques reprises au Club. Il nous a laissé beaucoup d’archives, dont les photos inédites qui ont servi à illustrer cet article.

Sur ces images conservées au Centre d'Archives de Laval (P078), il est d'ailleurs possible que vous reconnaissiez des personnages célèbres que nous n’avons pas nommés.


[1] « Coy a franchi le cap des 400 victoires à son insu ». La Presse, 25 juillet 1967, p. 41.

[2] « La chasse aux Bunnies ». La Presse, 21 juin 1967, p. 33.

[3] « Dernière heure. » Télé-Radiomonde, 11 novembre 1967, p. 19.

[4] « Être Bunny c’est quoi donc? » La Presse, 8 juillet 1967, p. 46.

[5] Alain Raymond. « Playboy, l’empire Hefner ». AFP, dans La Presse, 27 novembre 1968, page 16.

[6] « Le Playboy Hefner visite l’Expo 67 ». La Presse, 18 juillet 1967, p. 39.

[7] « Papa Lapin accueilli à Dorval » La Presse, 15 juillet 1967, p. 46.

[8] Ibidem.

[9] « Inauguration du Club Playboy ». La Presse, 6 juillet 1967, p. 19.

[10] « Les Arts ». La Presse, 10 décembre 1968, p. 56.

[11] « Au Club Playboy ». La Presse, 28 mars 1968, p. 50.

[12] « Pierre Lalonde devient membre du Club Playboy! » Télé-Radiomonde, 26 août 1967, p. 9.

Par Guillaume Bouchard Labonté

Dans les années soixante, les soirées de danse les plus électriques sont toujours animées par des groupes qui s’y produisent en direct. Cette tendance permet à beaucoup de jeunes musiciens de faire leurs preuves. Ceux-ci écrivent alors de la musique rythmée et populaire, traduisent ou interprètent massivement des hits anglophones. Laval n’est pas imperméable à cette mode et connaît une vague yéyé qui passe près de tout emporter. Et si celle-ci ralentit graduellement à partir du milieu de la décennie, ça n’empêche pas plusieurs artistes de s’illustrer après 1966. Un des groupes les plus marquants de cette période, à Laval, fut « les 409 », un nom inspiré du titre d’une chanson des Beach Boys.

Le membre le plus âgé a seulement 18 ans en 1965, et tous les quatre résident à Pont-Viau lorsqu’ils ont l’idée de former leur groupe. Et la gloire ne se fait pas attendre. La première fois qu’on mentionne le groupe « les 409 » dans Le Courrier de Laval, il jouit déjà d’une très grande popularité auprès des jeunes.

Les 409, eux-mêmes fans d’Eric Burdon, de Wilson Pickett et de James Brown[1], multiplient les spectacles au cours de l’année 1965 : ils jouent en septembre à l’école Paul-Sauvé pour l’ouverture des Loisirs Saint-Sylvain de Saint-Vincent-de-Paul et à l’école Notre-Dame de Pontmain à Laval-des-Rapides en octobre[2]. En décembre, ils sortent de l’île et se paient une visite au Palais du Commerce, à Montréal (1650, rue Berri)[3], où ils jouent avec deux autres groupes, les Chancellers et les Mersey’s (ces derniers lancent leur disque le 12 décembre).

Leur année 1966 est encore plus prolifique : ils donnent plusieurs concerts au Don Bosco, une salle située dans une école de Pont-Viau, notamment pour relancer la saison en septembre. Dans Le Courrier de Laval, on les qualifie alors déjà de « groupe le plus populaire de Laval »[4]. La soirée provoque un délire total. Ils sont donc réinvités le mois suivant, avec de nouvelles pièces[5]. Les jeunes anglophones de Laval ne sont pas eux-mêmes indifférents aux 409 : dans les semaines qui suivent, le groupe joue au Chomedey Catholic High School avec les Statics.

Difficile, devant tant de succès, de ne pas tenter l’aventure du disque. Après leur single anglophone « They Say », qui a été très populaire au Festival du disque de l’Aréna Maurice Richard[6], un nouveau projet se met en branle : et parallèlement à leurs engagements multiples, ils réussissent donc à lancer un 45 tours à la fin du mois d’octobre. Leur carrière est définitivement lancée. Le Courrier Laval ne tarit pas d’éloges pour eux, et ils continuent leurs tournées à travers Laval, privilégiant tout particulièrement les soirées dansantes dans les écoles.

Symptôme du vedettariat naissant : les entrevues deviennent plus personnelles. Fin 1966, on s’intéresse à leurs inspirations : ils avouent qu’un seul de leurs membres connaît véritablement la musique![7] Les sujets ne se limitent pas au yéyé. Des journalistes vont jusqu’à leur demander de parler de leurs cadeaux de Noël[8] et d’exprimer leurs souhaits du Nouvel An[9].

En 1967, les affaires ne ralentissent pas. Les 409 jouent toujours au Don Bosco devant des foules survoltées[10], seuls ou accompagnés d’autres groupes du même style, tels que les Pryns et les Authentics[11]. On découvre même l’existence d’un fan club « officiel ». Leur présidente est Danielle Garand, étudiante à l’École Régionale Maisonneuve[12].

L’Expo ‘67 apparaît comme l’occasion parfaite de se faire connaître à l’international. Les 409 et leur agent sautent sur cette opportunité. Quelques jours après l’enregistrement de leur premier album francophone, ils jouent deux soirs au Jardin des Étoiles, soit le 25 juin et le 1er juillet, pour le bénéfice d’amateurs de swing de l’Expo[13].

Cette nouvelle réussite ne leur permet toutefois pas de devenir des stars mondiales. Au cours de l’automne, ils jouent toujours au Don Bosco, et leur réputation ne semble pas faiblir. Mais en novembre, c’est accompagnés de douze autres groupes qu’ils parviennent à monter sur la scène de l’Aréna Laval, à Saint-Vincent-de-Paul, lors d’une soirée co-animée par Cobello et Marie-France Dupras (Miss Laval III)[14].

Hélas, la compétition est impitoyable chez les groupes de musique pop, au moment où le style yéyé décline (Les Sultans, par exemple, se séparent en 1968) et que les années rock, propulsées notamment par l’Osstidsho, débutent[15]. Après 1967, l’étoile des 409 pâlit. Mais encore aujourd’hui, plusieurs musicomanes se souviennent de « They say ». Ce disque est une rareté convoitée par beaucoup de collectionneurs. Heureusement, de généreux contributeurs ont décidé d’immortaliser leur musique sur Youtube.

Vous pouvez entendre leur morceau le plus célèbre en suivant ce lien.


[1] « Les secrets d’un « groupe » fort populaire, les « 409 ». Le Courrier de Laval, 23 novembre 1966, p. 15.

[2] « Les 409, le groupe le plus reconnu sur les Îles Laval ». Courrier de Laval, 15 septembre 1965, p. 18.

[3] « Les 409 au Palais du Commerce le 12 ». Courrier de Laval, 1er décembre 1965, p. 11.

[4] « Les 409 aux Loisirs Don Bosco de Pont-Viau ». Courrier de Laval, 7 septembre 1966, p. 20.

[5] « Les 409 de retour au Don Bosco, à Pont-Viau ». Courrier de Laval, 28 septembre 1966, p. 4.

[6] « Super-spectacle en hommage aux « 409 »  à l’aréna Saint-Vincent-de-Paul. » Le Courrier de Laval, 26 octobre 1966, p. 9.

[7] « Les secrets d’un « groupe » fort populaire, les « 409 ». Le Courrier de Laval, 23 novembre 1966, p. 15.

[8] « Le Noël des 409 ». Le Courrier de Laval, 21 décembre 1966, p. 15.

[9] « Les 409 aux jeunes de Laval ». Le Courrier de Laval, 28 décembre 1966, p. 2.

[10] « Les 409 à Don Bosco. » Le Courrier de Laval,  25 janvier 1967, p. 6. Et « Les 409 à Don Bosco. » Le Courrier de Laval, 1er mars 1967, p. 4. Et « Les 409 à Don Bosco ». Le Courrier de Laval, 6 septembre 1967, p. 6. Et « Les « 409 » à Don Bosco ». Le Courrier de Laval, 15 novembre 1967, p. 19

[11] « Grand gala dimanche de Pâques à Don Bosco ». Le Courrier de Laval, 22 mars 1967, p. 8.

[12] « Danielle Garand, présidente des fans des « 409 » .». Le Courrier de Laval, janvier-février 1967.

[13] « Les 409 feront tourner les têtes à l’Expo ’67 ». Le Courrier de Laval, 21 juin 1967, p. 5.

[14] « Sans titre. » Le Courrier de Laval, 29 novembre 1967, p. 14.

[15] Genest, Myriam. Migneault, Benoît. « La chanson québécoise, tout sauf tranquille ». À rayons ouverts, mars 2010, p. 13. Pour écouter l’Osstidsho en intégral : http://www.banq.qc.ca/collections/collection_numerique/losstidcho/losstidcho/theatre_de_quatsous.html

Laval et l’Expo 67

Par Guillaume Bouchard Labonté - reprise d'un texte du 17 juillet 2017

La Ville de Laval n’a pas deux ans lorsqu'on commence à préparer l’Exposition Universelle de 1967. Dans l’esprit des citoyens et citoyennes de la nouvelle deuxième plus grande ville du Québec, c’est une occasion en or de faire valoir le talent local, et aussi de profiter de toute l’effervescence causée par l’évènement.

Mais Laval n'a encore que très peu de moyens. Elle ne peut pas se permettre d’assurer une présence flamboyante. Cela n’empêche pas l’administration de vouloir profiter des retombées économiques, notamment en commanditant un salon de réception dans le pavillon des Industries du Québec. Le commissaire industriel de Laval, Réal Gariépy, y tient un kiosque afin de rencontrer des hommes d’affaires étrangers. Il est difficile de mesurer les impacts réels de cette présence dans le pavillon des Industries, mais la presse locale en fait grand cas. Elle même fait l'objet d'une page pleine dans le Laval Notre ville de janvier 1967.

Réal Gariépy n'est pas le seul Lavallois à faire parler de lui à l'Expo. La SHGIJ a déjà souligné l'histoire du célèbre 10 000 000e visiteur de l’Expo 67, un habitant de Laval. Roger Beaudet, employé dans une quincaillerie de L’Abord-à-Plouffe, traverse le tourniquet d’entrée au cours de la journée du 5 juin, comme 200 000 autres visiteurs. Mais il le fait au bon moment! Après une cérémonie et une séance-photo, on lui accordera, entre autres prix, un voyage au Canada, à la destination de son choix.

Les artistes lavallois tiennent également une place de choix dans l'évènement international. Le groupe Les 409, qui s’est à la même époque distingué sur plusieurs scènes du Québec, est par exemple invité à performer au Jardin des Étoiles le 25 juin et le premier juillet, pour le bénéfice des amateurs de swing! Les chanteurs de La Gamme d’Or, une chorale de Laval, y chante aussi des extraits d’opéras de Verdi sur une scène installée entre les pavillons de la France et de la Grande-Bretagne. Et que dire de la présence de cavaliers lavallois lors du grand spectacle équestre?

Finalistes du concours Miss Laval II en visite à l'Expo. De gauche à droite : Anne-Louise Therrien, Diane Vaillancourt, Marie-France Dupras, Lisette Champoux et Francine Robert. Crédits: Le Courrier de Laval, 1967.

L’Expo est également un lieu de rencontre pour les chambres de commerce de partout. Une soirée est réservée à celle de Laval au pavillon de la Tchécoslovaquie. Mais peu de visites font couler autant d’encre, sur l’île Jésus, que celle des finalistes de la deuxième édition du concours de Miss Laval. Le quart des articles du Courrier Laval ou presque, cette année-là, concerne les postulantes. Normal : le journal est associé au concours. Et l’Expo 67 est l’occasion parfaite de mettre les participantes en valeur dans un décor original.

Il y a beaucoup d’animation en périphérie de l’Expo. Et c’est souvent très lucratif. Déjà, en avril, on commence la construction du « Motel Expo » : on devine que tous les hôtels de la métropole seront pleins à craquer et l’occasion est trop belle d’accueillir le trop-plein de clients de l’autre côté de la rivière des Prairies. L’agrandissement du Camping Laval a des objectifs similaires. Et partout ailleurs en ville, on brasse de grosses affaires : un Lavallois, M. Blanchard, réussit même à vendre pour plus de 150 000$ en passeports de l’Expo.

Construction du "Motel Expo", au 335 Boul. Martin, en 1967. De gauche à droite: Lucien Paiement (Comité exécutif de Laval), accompagné des deux promoteurs et d'un ouvrier non-identifié. Crédits: Courrier de Laval, 1967.

Des conférences et expositions sont également organisées : dans une église de Pont-Viau, le Service de Loisirs Saint-Gilles profite du vernissage de son cours de dessin pour présenter une conférence intitulée « Vues générales de l’Expo 67 ». Pour une deuxième année consécutive, Laval organise également « L’Expo Île Jésus », qui vise à présenter les différentes industries et commerces lavallois au public.

Les jeunes ne sont pas en reste. À l’école secondaire de Laval-des-Rapides, par exemple, les élèves lancent en mai une exposition scientifique qui porte le thème de « Étudiant 67, la terre t’appartient ».

L’administration de la Ville de Laval ne voit pas seulement l’Expo 67 comme une opportunité d’affaires. Elle tente, par des initiatives sincères, d’en faire profiter ses citoyens. Les moniteurs des terrains de jeux organisent donc des activités en lien avec l’Expo. L’objectif est clairement cité dans un article du Courrier Laval : « chacun [des jeunes] veut donner ses impressions et être aussi un réalisateur dans son univers bien à lui. »

L’initiative qui fait cependant le plus de bruit à l'intérieur des limites de la ville reste l’impressionnante levée de fonds visant à payer le ticket d’entrée de l’Expo à 125 000 « déshérités ». Marcel Inkel, représentant des relations publiques pour Steinberg et résident de Pont-Viau, est l'un des portes-paroles de la campagne. Plusieurs autres personnalités y participent, dont Gaston Philion, conseiller municipal de Laval, ainsi que le Cardinal Léger.

Marcel Inkel (à droite) explique à Gaston Philion (à gauche) comment fonctionne le dévoilement des résultats de la quête. Crédits: Le Courrier Laval, 1967.

On ne néglige pas les personnes à mobilité réduite de Laval, ni les enfants. Le Service d’Escorte aux Handicapés essaie de recruter, fin juin, des bénévoles accompagnateurs. « Cela permettra à un handicapé de voir la merveilleuse réalisation qu’est « TERRE DES HOMMES » », argue l’organisme. Les enfants « inadaptés », eux, reçoivent 300 passeports gratuits du Club Optimiste Laval.

Tous ces évènements montrent bien que l’Expo connaît des échos et un intérêt extraordinaires à l’extérieur de la métropole. Sur le plan culturel et économique, l’éclipse montréalaise n’est cependant pas totale. Et si tous et toutes ont les yeux rivés vers elle, l’Expo ne draine pas toutes les énergies. Elle inspire au contraire le dynamisme de créateurs de partout.


Sources :

« Les 409 feront tourner les têtes à l’Expo ’67 ». Courrier de Laval, mercredi 21 juin 1967, p. 5. « Laval Choral Group at Expo 67 ». Courrier de Laval, mercredi 14 juin 1967, p. 12.

« La chambre de commerce de Laval à l’Expo 67 ». Courrier de Laval, mercredi, 19 juillet 1967, p. 17.

« Les finalistes de Miss Laval II à l’Expo ». Courrier de Laval, 30 août 1967, p. 3.

« Érection du ‘’Motel Expo’’ à Laval. ». Courrier de Laval, mercredi 5 avril 1967, p. 2

« Laval face à la Terre des Hommes ». Courrier de Laval, 5 juillet 1967, p. 13.

« Pour qu’ils découvrent La Terre des Hommes ». Courrier de Laval, 26 avril 1967, p. 15

« Campagne pour amener quelque 125,000 déshérités à l’Expo ». Courrier de Laval, mercredi 12 avril 1967, p. 24.

« Le dix-millionnième était de Laval. » Our city Laval notre ville, volume 2, numéro 6, (juillet 1967), p. 28.

« Présence de Laval à l’Expo. » Our city Laval notre ville, janvier 1967, volume 2, no 4, p. 16.

« Du nouveau au Camping Laval ». Courrier de Laval, 14 juin 1967, p. 17. « Expo 67 : Dessin à Pont-Viau ». Courrier de Laval, 5 avril 1967, p. 8.

« Pouvez-vous escorter un handicapé à l’Expo? » Courrier de Laval, 28 juin 1967, p. 3.

« Le Club Optimiste Laval offre 300 passeports à des jeunes inadaptés ». Courrier de Laval, 28 juin 1967, p. 5.

« Le Champion des vendeurs québécois de passeports pour l’Expo ’67 à Laval? » Le Courrier de Laval, 28 juin 1967, p. 4.

Une référence acerbe au passé d'André Benjamin Papineau

Par Guillaume Bouchard Labonté - 29 juillet 2019 (reprise du 23 mai 2017)

Chaque année, plusieurs personnalités profitent de la Journée nationale des patriotes pour donner leur avis sur les évènements de 1837-1838. Et si les commentaires ne sont pas toujours élogieux, la toponymie témoigne toutefois du respect qu’on porte maintenant à beaucoup de patriotes. Mais le portrait, quelques années à peine après les rébellions, est différent. La population est bien plus divisée et la blessure encore profonde. Et lorsque la tension monte, certaines vieilles rancœurs refont souvent surface.

L’exemple d’André Benjamin Papineau l’illustre bien. Né en 1809 à Montréal, dans la paroisse Notre-Dame, il est très connu sur l'île Jésus parce qu'il y a vécu pendant une bonne partie de sa vie. Fortement impliqué dans la société civile - particulièrement en éducation - il a laissé derrière lui plusieurs traces écrites de son passage. Or, en revisitant son histoire, nous avons pu constater que son rôle lors des rébellions de 1837-38 ne représentait absolument pas un tabou pour ses opposants des décennies suivantes. Surtout lorsqu'il s'agissait d'attaquer sa crédibilité. À Saint-Martin, les couteaux volaient bas!

En effet, entre 1847 et 1848, alors qu’il livre régulièrement des discours sur le parvis de l’église de Saint-Martin, l’ancien patriote fait l’objet de sévères remontrances. Selon l'auteur d'une lettre virulente, il aurait en effet fomenté des « troubles » en critiquant les propos tenus en chaire par le curé Caron et plus tard, les agissements de ses collègues marguilliers. Sans doute pour faire aboutir les plaintes faites à l’évêque de Montréal, on ne manque pas d’évoquer le passé patriote du célèbre cousin de Louis-Joseph :

« Et comme Papineau ne cesse de faire de l’opposition à la loi et qu’il a été, comme tant de monde le sait, l’un des plus grands fauteurs de troubles politiques de 1837, les avis du prédicateur n’ont pas laissé que de l’aigrir beaucoup […] »[1]

Les « avis du prédicateur » en question concernent eux aussi son implication dans les rébellions. On ne peut donc pas accuser Papineau de ne pas s'être mêlé de ses affaires en lui répliquant! Cependant, le fond de la querelle ne porte pas sur le passé de Papineau, mais bien sur l’établissement d’une taxe scolaire foncière[2]. Les « troubles » dont parle P.F. Filiatreault, auteur de la lettre, ne se limitent pas à Saint-Martin. On les surnomme aujourd’hui la « guerre des Éteignoirs ». Dans ce contexte, l’insinuation est un problème relativement mineur, puisqu’en 1848, Papineau est traîné devant le gouvernement suite à une pétition qui exige sa démission de différentes charges qu’il occupe dans l’administration publique. Louis Bélanger, un rival, est un des seuls à y faire encore référence aux rébellions. Mais il est particulièrement virulent :

« Ceux qui, dans cette paroisse, s’opposent à la loi de l’éducation sont des gens qui ont toujours fait de l’opposition au gouvernement, et notamment en 1837 et 1838. De plus, je prends la liberté grande de remarquer, que le gouvernement a fort mal fait de revêtir de place et de charge honorable plusieurs de ces gens qui, dans les années susdites ont été chefs de rébellion [...] Ce qui, aujourd’hui, enhardit nos habitants ignorants à faire de l’opposition à la loi [...], c’est parce qu’ils ont vu que ce même gouvernement a donné des charges honorables aux rebelles [...] ».[3]


Avoir promis de payer les taxes « avec des pelotes de neiges » est un autre méfait qu’on reproche à A.B. Papineau. Mais celui-ci ne se laisse pas démonter par les procès et insinuations. Il continue d’agiter la paroisse. Si bien qu’en 1850, les marguilliers le poursuivent à leur tour en justice : il est alors accusé de libelle diffamatoire[4]. Ces multiples césures en apparence paroissiales rejoignent véritablement des débats plus larges, que ce soit ici, spécifiquement, l’éducation des enfants ou plus largement l’héritage intellectuel des rébellions. Elles montrent aussi que le passé des patriotes pouvait revenir les hanter, car leurs contemporains ne les considéraient pas tous comme des héros.


[1] SHGIJ, P10/A1, 2. P.F. Filiatreault. « Lettre du 27 mars 1847 à Mgr l’évêque de Montréal.»
[2] Laure Gauthier-Pelletier. « André-Benjamin Papineau ». Cahiers d’histoire de l’île Jésus, SHGIJ, numéro 2, 1985, p. 38.
[3] «Destitution d’André-Benjamin Papineau de sa charge de commissaire (petites causes).» Journal of legislative Assembly, 25 février 1848 - 23 mars 1848. Appendice.
[4] SHGIJ, P10/A1, 2. « Procuration donnée par les marguilliers de la paroisse St-Martin à Louis Bélanger ». 14 octobre 1850, no 519. Aussi illustration.

par Julien Trépanier

La maison Forget, située au 7570 boulevard des  Mille-Îles à Saint-François, même si elle n'est pas identifiée en tant qu'immeuble patrimonial, constituerait la plus vieille habitation de  Laval encore érigée. Le Ministère des Affaires culturelles estime qu'elle a été érigée en 1694 par un dénommé Chevalier, sinon entre 1707 et 1714, par Alexis Gariépy. Parfois nommé maison Leguerrier, puisqu'il  abrita les toutes premières générations de cette famille au Canada, le  bâtiment s'avère également la résidence natale de Monseigneur Forget,  évêque de Saint-Jean-de-Québec de 1934 à 1955.

D'inspiration bretonne, la maison de ferme en  maçonnerie possède plusieurs caractéristiques qui confirment son ancienneté, notamment sa proximité au chemin, l'angle de son toit et ses  larges souches de cheminées. Évidemment, la maison a été modifiée à  maintes reprises depuis sa construction : ajout de lucarnes et de  fenêtres, toiture refaite, crépi sur les murs extérieurs, sans compter  les modifications intérieures... Cependant, le corps du bâtiment demeure  le même et celui-ci conserve ainsi une valeur historique considérable  sous son masque. Malgré des démarches entreprises par la Société d'histoire de l'île Jésus en 1976 et l'approbation du propriétaire de l'époque, Claude Forget, la maison n'a finalement pas été classée par le  Ministère.

La maison Desjardins, tout comme la précédente, n'est pas classée officiellement en tant que patrimoine historique malgré la place qu'elle occupe dans le portrait architectural lavallois.  Situé au 775 rue des Patriotes à Sainte-Rose, le bâtiment de maçonnerie à vocation résidentielle a été érigé vers 1750; il s'agit probablement de la plus vieille maison du quartier. Le bâtiment possède plusieurs  caractéristiques particulières comme sa façade principale donnant sur la rivière des Mille-Îles et ses divisions intérieures en pierre.

Sise dans un environnement naturel, la maison porte un toit en pignon  avec larmiers avec des cheminées à chacune des extrémités alors que sa façade symétrique à deux portes suggère une habitation double à une certaine époque. Malgré le fait qu'elle ne soit pas classée, il semble  que la maison ait eu la chance d'héberger des propriétaires soucieux de conserver une partie de son cachet lors de ses modifications récentes.

L'histoire de l'industrie animale sur l'île Jésus

par Sophie Ouimet

En agriculture, on associe Laval à l'horticulture, puis au maraîchage. De là l'intérêt de se pencher sur l'industrie animale.

On dit que jusqu'à environ 1850, les agriculteurs de l'île Jésus cultivent en autosubsistance. Puis tranquillement, ils se spécialisent. L'augmentation de la population montréalaise n'est pas  étrangère au phénomène, car la métropole offre alors des perspectives de marché intéressantes. D'ailleurs, à Laval-des-Rapides, l'une des premières industries à offrir du travail permanent aux habitants serait celle des renardières.

Les renardières sont des fermes d'élevage fournissant des peaux de renard aux fourreurs de Montréal. Dans les  années 1920, trois œuvrent à Laval-des-Rapides. Or, leurs activités  dégagent de nauséabondes odeurs menant ultimement à leur fermeture lors de la décennie suivante. Ce n'est pas la première fois que Laval-des-Rapides met un terme à une industrie « puante » : en février  1913, la ville accorde huit jours à Narcisse Courtemanche pour  débarrasser la ville de « la nuisance de sa porcherie ».

Les industries avicole et laitière

La grande aventure avicole lavalloise débute dans les années 20, par une alliance entre les aviculteurs de Laval et de Terrebonne. Leur regroupement est incorporé en 1932 sous le vocable du « Couvoir coopératif de Laval » puis du « Couvoir coopératif de Pont-Viau »  (1938).

À son apogée, il représente un fleuron du monde avicole québécois. On prétend même qu'en 1953-54, nulle part au Québec ne fut incubés plus d'oeufs et produits plus de poussins qu'au couvoir de Pont-Viau.

Cependant, à la fin de la décennie 50, les activités du couvoir diminuent graduellement jusqu'à cesser complètement. Les difficultés vécues par la coopérative coïncident avec la décroissance soutenue des aviculteurs sur l'île Jésus, dont les terres disparaissent sous l'effet de l'urbanisation.

L'industrie laitière connaît le même destin. Dès que s'amorce la hausse démographique de la deuxième moitié du XXe siècle, le cheptel laitier s'amenuise. Il s'agit de changements majeurs,  car le lait constitue alors une production très importante, notamment à Saint-François-de-Sales. À Saint-Vincent-de-Paul, un producteur se démarque d'ailleurs dans le secteur. Effectivement, dans le cadre du  concours du « Mérite agricole » de 1940, le ministère de l'Agriculture du Québec louange l'exploitation d'Anthime Paquette, située rang de la Grande Côte. On décrit M. Paquette comme « l'un des meilleurs éleveurs de bovins Holsteins de la province. »

Le milieu laitier subit également la rivalité des maraîchers, et ce, avant l'afflux citadin. Les besoins importants des marchés en approvisionnement de légumes, couplés à des avancées  technologiques dans le domaine, favorisent en effet l'essor de la culture maraîchère au détriment de la production laitière. Ce détournement ne cause pas qu'une baisse des producteurs de lait, il nuit également aux laiteries et aux beurreries locales. C'est le cas de la  beurrerie de Sainte-Dorothée qui cesse ses activités dès 1919. Le propriétaire Alphonse Crevier aurait d'ailleurs déclaré : « En 1917,  plusieurs habitants ayant vendu leurs vaches pour faire la culture des légumes, la beurrerie n'était plus rentable, c'est alors que j'ai pensé qu'il faudrait fermer tôt ou tard. »

Photographies

Haut: Monsieur Ouimet et ses vaches, © SHGIJ, Collection de la SHGIJ, C1/F1,01, Date : inconnue, Photographe : inconnu

Bas : Poussins récemment sortis de l'incubateur © SHGIJ, Fonds Couvoir de Pont-Viau, P2/F,01.06 Photographe : inconnu

par Sophie Ouimet

Saviez-vous que Laval était la pionnière du brocoli québécois? Oui, c'est bien sur une ferme  lavalloise que les premiers brocolis du Québec ont été produits pour nos marchés qui, avant la fin des années 1970, préféraient importer ce légume de Californie. Qu'est-il arrivé au courant de cette décennie? La  famille Gibouleau s'est mise à la culture maraîchère. Commençons  l'histoire par le début…

Marcel Gibouleau a été élevé sur une terre de l'île Jésus. C'est lui qui a repris les rênes de la ferme familiale. Avec l'aide de son épouse, il s'est orienté vers l'industrie de l'œuf et, en environ une vingtaine d'années, ses effectifs sont passés de 500 poules pondeuses à 25000. Vers la fin des années 60, l'homme a élargi les activités de son entreprise afin d'intégrer ses enfants aux travaux. En plus des œufs, les poulets BBQ se sont mis à figurer parmi son offre. Abattage, distribution, tenue d'un magasin… Toute la famille Gibouleau a été mise à contribution.

Les années 70 sont alors arrivées et ont traîné avec elles des problèmes dans le marché de l'œuf. Les jours étaient difficiles pour l'entreprise lavalloise qui a décidé de se retrousser les manches et de réorienter ses activités. Ce fut le début de son expérience maraîchère. Évidemment, plusieurs années auront été nécessaires avant qu'ils ne puissent produire des légumes de bonne qualité, mais après trois ans de labeur, les fermes Mar-Gi-Ric ont pénétré les marchés québécois.

Toujours en quête de nouveautés, la famille Gibouleau s'est intéressée à la culture du brocoli. Pourquoi les épiceries québécoises importaient-elles systématiquement ce produit de Californie? Pour des raisons de conservation, leur a-t-on répondu. Il n'en fallait pas plus pour que l'entreprise Mar-Gi-Ric se lance un nouveau défi : cultiver du brocoli qu'on vendrait dans les marchés locaux. Après diverses expériences pour trouver les variétés de ce légume qui siéraient le mieux au climat nordique, l'un des fils Gibouleau a mis le cap vers le sud. L'objectif : étudier les procédés d'emballage des brocolis californiens. C'était en 1976.

Ces nombreux efforts obtinrent récompense. Rapidement, tous les supermarchés du Québec, de  même que quelques-uns de Toronto, se sont mis à acheter des brocolis de Mar-Gi-Ric. En 1979, 300 acres de leur terrain étaient consacrées à l'exploitation de ce produit. C'est ainsi que, grâce à Mar-Gi-Ric et à la famille Gibouleau, Laval peut se targuer d'être une pionnière dans  l'exploitation du brocoli.

En outre, Mar-Gi-Ric a fourni à Laval une autre culture innovatrice : celle du cantaloup. En  effet, au début des années 80, cette entreprise était la seule de la province à produire cet aliment et ce nouveau marché était alors en pleine expansion. Un membre de la famille Gibouleau déclarait à l'époque, dans le cadre d'une entrevue avec la revue Laval Commerce (avril 1982, p.37) : « Nous voulons faire honneur à la Ville de Laval et nous avons du très bon terrain pour le faire. »

par Julien Trépanier

Classée immeuble patrimonial en 1974, cette maison est sans doute l'une des plus connues de Laval. André Papineau, qui aurait été député du comté d'Effingham, fait ériger la résidence vers 1820-1830. Suite à son décès, son fils, André-Benjamin Papineau, y demeure de 1832 à 1886; les quarante-trois dernières années à titre de propriétaire. Le bâtiment historique  illustre très bien les maisons rurales en maçonnerie de son époque, entre autres : une façade symétrique, un plan rectangulaire, des cheminées en chicane et une toiture en bardeaux de cèdre.

La maison comporte une valeur patrimoniale ajoutée puisque l'homme lui prêtant son nom est un personnage important de l'histoire de Laval. André-Benjamin est non seulement le cousin du célèbre chef du Parti patriote, Louis-Joseph Papineau, mais il a lui-même participé aux perturbations de 1837-1838, notamment la bataille de Saint-Eustache suite à laquelle il se cache quelque temps avant de se rendre aux autorités. André-Benjamin Papineau s'avère également une figure marquante de la vie communautaire de sa paroisse, particulièrement comme notaire, marguiller, secrétaire-trésorier puis premier maire de Saint-Martin, de 1855 à 1860.

La maison sert de résidence jusqu'en 1974 alors que la construction de l'autoroute 13, menant au futur aéroport de Mirabel, menace son existence. Heureusement, la Société d'Histoire de l'île Jésus (devenue la SHGIJ) et plusieurs citoyens invoquent l'importante valeur historique du bâtiment auprès des autorités gouvernementales afin de le classer et le sauver. Le déménagement d'envergure des trois cent cinquante tonnes de la maison en maçonnerie s'étale sur plusieurs mois; en septembre 1974 le bâtiment siège dorénavant au 5475, boulevard Saint-Martin Ouest, non loin de son lieu d'origine et à la même latitude. 

L'année suivante, une aire de protection est ordonnée autour de la résidence, lui assurant ainsi un espace vert. Afin de porter dignement le titre de patrimoine immobilier officiel, le bâtiment nécessite une restauration considérable. Les recherches historiques, mais surtout le curetage de la maison permettent alors de dresser un portrait fidèle de son apparence d'origine et de son évolution. Subséquemment, les travaux visant à rétablir le bâtiment à l'ère de Papineau débutent en février 1975 et s'échelonnent jusqu'en décembre 1976.

Sous cette peau neuve, ou plutôt restaurée, le bâtiment est en quête d'une nouvelle vocation. Il devient évidemment un site historique que nous pouvons visiter, mais également un lieu d'animation artistique et culturel où l'on présente des ateliers, des évènements et diverses  expositions de photographies, de toiles et de sculptures. Administrée pendant quelques années par la Société d'Histoire de l'île Jésus (SHGIJ), la maison, acquise par la ville en 1983, est de nos jours gérée par l'Association lavalloise pour les arts plastiques (ALPAP).

par Julien Trépanier

Reconnue en tant qu'immeuble patrimonial en 1976, la maison Pierre-Paré est érigée vers le milieu du dix-neuvième siècle, possiblement durant la décennie 1840. Parfois reconnue comme étant la maison François-Cloutier, l'habitation doit toutefois son appellation à son bâtisseur, le forgeron Pierre Paré. Il semblerait que sa première vocation fut résidentielle puis magasin général des Paré, du moins à partir de 1850. Située au 4730, rang du Haut-Saint-François, la maison en pierre des champs rectangulaire de composition symétrique est un  excellent exemple d'une maison québécoise d'inspiration française et néoclassique qui a évolué depuis le siècle précédent et incorpore des influences britanniques.

À la fin des années 1970, succédant sa reconnaissance, le bâtiment fait l'objet d'une restauration significative par la compagnie HISTART afin d'être digne d'un immeuble patrimonial. La maison possède un toit à deux versants en bardeaux de cèdre comportant une cheminée à chaque pignon, des larmiers protégeant la galerie avant et des lucarnes, trois grandes à l'avant, deux grandes et une petite à l'arrière. Les deux portes de la façade avant et le plan allongé de la maison signalent une occupation double à une certaine époque. 

Tout juste en face du précédent bâtiment, au 4725, rang du Haut-Saint-François, se dresse la forge Pierre-Paré, érigée entre 1819 et 1825. Au Québec, elle constituerait « le plus ancien représentant connu de ce type d'atelier de forge qu'est la maison-boutique », soit une structure intégrant un logis et un atelier sur le même palier. Quoique dangereux pour les incendies, la forge constitue à l'époque une source de chaleur formidable durant les froids hivers québécois. Nonobstant quelques modifications en 1930 et 1956, la maison-boutique demeure essentiellement inchangée de son érection jusque dans les années 1980 alors qu'elle change officiellement de vocation et devient entièrement une résidence. 

À la fin de sa vie active, en 1956, la forge comprend 220 outils dont 122 s'avèrent des fabrications artisanales principalement confectionnées par les forgerons Paré, quelques autres par les forgerons Charbonneau qui ont pris la relève à la toute fin du dix-neuvième siècle. L'autre partie de l'outillage, industriel, représente une proportion considérable pour l'époque lorsque nous comparons les inventaires de différentes forges québécoises. Ces équipements, pour la plupart soigneusement gardés par l'actuel propriétaire, témoignent de façon formidable de la métallurgie du dix-neuvième siècle. 

Ainsi donc, ces bâtiments révèlent une parcelle de l'histoire de Laval et constituent des éléments patrimoniaux importants et intéressants que nous nous devons de conserver et de faire connaître.

© 2025 CAL–SHGIJ | Tous droits réservés | Propulsé par Groupe Exartum
ADRESSE
4631 boulevard Lévesque Est
Laval, Québec
H7C 1M8
NOUS CONTACTER
Téléphone : 450 661-0908
Général - archiviste.cal@gmail.com
Direction - cal.shgij@gmail.com

chevron-up
linkedin facebook pinterest youtube rss twitter instagram facebook-blank rss-blank linkedin-blank pinterest youtube twitter instagram