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Chronique des pionniers
Par Gaston Chapleau

Olivier Charbonneau, 5e censitaire de l'île Jésus
Bulletin Île Jésus, vol. 15 no 3 mars 2000

Le 15 février 1680, devant Me Thomas Frérot de Lachenest, notaire dans la seigneurie de Boucherville, Pierre Boucher de Grosbois, mandataire de Monseigneur François Montmorency de Laval, concédait à Olivier Charbonneau une terre de trois arpents de largeur sur 20 arpents de profondeur à la Côte du Sud de l'île Jésus. Cette concession qui avait front sur la rivière des Prairies était voisine, côté nord-est, d'une terre concédée le même jour à son gendre André Sire et, côté sud-ouest, de terres non concédées. L'acte notarié touchant cette transaction n'est pas répertorié, comme plusieurs autres du même notaire, à l'Inventaire des greffes de notaires publié par Pierre-Georges Roy et n'apparaît pas davantage au greffe de ce notaire microfilmé par les Archives nationales du Québec. On en trouve copie, toutefois, aux Archives du Séminaire de Québec par suite des mesures prises par ce seigneur, au début de son règne, pour obtenir des preuves formelles de la qualité de censitaire des occupants de concessions.

Olivier Charbonneau n'était plus un jeune homme à l'époque de son installation sur l'île Jésus. Arrivé au Canada en septembre 1659 accompagné de sa troisième épouse, Marie Garnier, et de leur fille Anne, il avait commencé sa carrière de colon en louant quelques animaux et en baillant à ferme, à Ville-Marie, une terre située côté nord de la rue Saint-Paul, appartenant à André Charly dit Saint-Ange et faisant partie d'une terre que ce dernier avait acquise de mon ancêtre Jean Chapeleau. Il semble toutefois que cet immigrant, qui avait subi une longue attente pour la traversée et supporté toutes les épreuves et contrariétés qu'ont connues les passagers du navire Saint-André, ait aussi éprouvé des difficultés à se fixer à demeure puisque, après son installation temporaire sur la rue Saint-Paul, il se départissait d'une concession de douze arpents que lui avait consentie Chomedey de Maisonneuve, pour se retrouver, à la fin de 1663, locataire d'une terre appartenant à Pierre Dagenais. Après divers travaux, il recevait des Sulpiciens, en 1666, une concession de trente arpents en superficie à la Côte Saint-François qu'il commença immédiatement à défricher et où il possédait trois arpents de terre en valeur au recensement de 1667. En 1668, il est copropriétaire, avec Pierre Dagenais, d'un moulin à eau construit sur le fleuve Saint-Laurent par la communauté des habitants. En 1671, il se porte acquéreur d'une terre de cinquante arpents en superficie sur la rive sud, dans la seigneurie de Boucherville.

Cet ancêtre, originaire de Marans, en Aunis (Charente — Maritime), dont on ignore toujours la filiation et le lieu de naissance et qu'on dit âgé de 35 ans en 1666, de 52 ans en 1667, de 70 ans en 1681 et de 80 ans à son décès en 1687, serait né vers 1617 ou 1620, ce qui le situe près de la soixantaine lorsque, le 29 octobre 1675, on lui accorde pour trois ans ainsi qu'à son gendre, Guillaume Labelle, un bail à ferme de la terre seigneuriale de l'île Jésus. Cette expérience ne semble pas avoir été très avantageuse, toutefois, puisqu'elle ne fut pas reconduite. D'après Claude Perrault, qui cite un acte non répertorié du notaire Jacques Bourdon, en date du 21 octobre 1678 et trouvé aux archives du Séminaire de Québec, ces derniers auraient été à l'emploi des seigneurs depuis un certain temps, sous les ordres d'Anthoine Gaillon, contremaître de l'île Jésus. La date de cet acte, que nous n'avons pu consulter, coïnciderait toutefois avec la fin du bail précité et pourrait bien en constituer la reddition de compte.

À la lumière de ces événements, on peut se demander à quel moment précis Olivier Charbonneau s'est établi à demeure sur l'île Jésus avec sa famille. Même si d'aucuns l'ont désigné comme premier colon, nous savons maintenant que cet honneur revient à son gendre Guillaume Labelle, titulaire d'une censive depuis 1677. On sait aussi qu'il pouvait s'acquitter de ses obligations pendant le bail à ferme tout en demeurant à Pointe-aux-Trembles, paroisse à laquelle il est demeuré attacher jusqu'à la fin de sa vie. D'autre part, au recensement de 1681, il possède six arpents de terre en valeur, ce qui n'a pu se défricher en une seule année, mais qui a pu se faire sur une période de deux à trois ans compte tenu que ses trois fils représentaient une main-d'oeuvre sur laquelle il pouvait compter. Si l'on retient qu'il vend sa terre de la côte Saint-François, à Pointe-aux— Trembles, au mois de mai 1679, le printemps 1679 ou l'automne 1678 nous paraissent assez réalistes comme période d'établissement sur la terre où il terminera ses jours.

Même si Olivier Charbonneau s'est amené à l'île Jésus pour ainsi dire à l'âge de la retraite et y a vécu moins de dix ans, il y a tout de même amené sa famille et suivi ses gendres de sorte qu'il est à l'origine d'une nombreuse postérité lavalloise par deux de ses fils, Jean et Joseph, et par ses filles, Anne, épouse de Guillaume Labelle, et Élisabeth, épouse successive ment d'André Sire et de Joseph Barbeau dit Poitevin.

Était-ce son âge avancé qui l'a fait hésiter à demander son titre de concession avant 1680? Attendait-il plutôt de vendre sa ferme de Pointe-aux-Trembles? Était-ce plutôt le mandataire de Monseigneur Laval qui avait des réticences? Il est difficile de répondre à ces questions sauf que l'on sait que la vente de la ferme de la côte Saint-François n'eut pas de suite puisqu'il dut par après se trouver un locataire.

Quant à la censive de 60 arpents qu'il occupait dans l'île Jésus, il faut attendre le décès de la veuve, en 1701, pour qu'il y ait partage et transmission. Le fils Jean avait obtenu, en 1700, une concession de 2,5 arpents sur 30 adjacente à celle de son père, côté sud-ouest. Il l'agrandit en acquérant la partie sud — ouest de la censive paternelle, partie par héritage, partie par renonciation de certains des cohéritiers en sa faveur. La partie nord-est va à Joseph Barbeau dit Poitevin, second époux de sa soeur Élisabeth. À l'aveu et dénombrement de 1732, la censive originelle a été en partie remembrée, mais elle est déjà passée en des mains étrangères. Elle occupait plus ou moins la partie sud des lots originaires numéros 16 et 17 du cadastre officiel de la paroisse de Saint-François-de-Sales, propriétés respectivement, en 1877, de Désiré Fortin et d'Adolphe et Delphis Persillier dit Lachapelle.

Sources consultées:
-Archives du Séminaire de Québec
-Archives nationales du Québec à Montréal
-Chapleau, Gaston et Société d'histoire et de généalogie de l'Île Jésus, Titres immobiliers de l'Île Jésus 1636 — 1877
-Jetté, René. Dictionnaire généalogique des familles du Québec.
-Langlois, Michel. Dictionnaire biographique des ancêtres québécois (1608-1700), Tome 1
-Robert, Normand. Nos origines en France des débuts à 1825. No.4 Aunis.
-Godbout, Archange. Les passagers du Saint-André, la recrue de 1659.
-Perrault, Claude. Troisième centenaire des Cyr canadiens, in «Cahiers Gen-histo », No 1.
-Centre canadien d'architecture. Banque de données ADHÉMAR.
-Fédération québécoise des sociétés de généalogie. Fichier ORIGINE.

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